Carrefour d'Alesia à Paris, un jeudi en fin d'après-midi. Le trafic est totalement bloqué. On pourrait reprocher aux voitures de s'engager imprudemment sur le centre, ajoutant leur obole au désordre ambiant. J'ai écrit "on pourrait" parce qu'en fait, les voitures y sont invitées par .... la police. En effet, tout est bloqué et pourtant, la police est là !
A l'abri dans un bus, je ne peux qu'observer depuis une certaine hauteur ce qui se passe. Et tout d'abord, de jeunes policières et policiers, stressés. Ils obéissent aux ordres en laissant passer des voitures qui ne passeront pas. Le bruit des klaxons, les cris des piétons qui n'osent pas traverser ou dénoncent les deux roues qui circulent sur le trottoir, tous les acteurs sont excités face à une situation qui n'a pas lieu d'être.
Fermez les yeux et mettez vous à la place des intervenants: des ordres inopérants, plus de stress à chaque fois, des cris, l'impression mêlée de sa propre responsabilité et de son impuissance. J'en connais beaucoup qui auraient balancé leur casquette sur le sol et seraient allés voir ailleurs. Au contraire, stressés et malheureux, ils sont en poste et y restent. Leurs regards convergent vers la rue d'Alésia. Il y a là une fourgonnette de la police, leur chef peut-être (le PC). J'essaie d'y distinguer les gens, l'un d'eux est au téléphone. Il semble aussi désireux de communiquer avec ses troupes qu'un garçon de café de se précipiter vers un client qui le hèle pour se plaindre de la lenteur du repas.
Amateur de musique classique, je connais le regard apaisé des musiciens vers le chef d'orchestre qui leur donne le rythme. Ou étonné lorsque les choses ne vont pas comme ils l'entendraient. Auquel cas, les regards se font nombreux et tentent de retrouver une harmonie même ténue.
Carrefour d'Alésia, l'harmonie n'est pas ténue, il n'y a pas d'harmonie et les regards se perdent, chaque policier montrant à ses collègues et... au public, son désarroi. A tel point que deux petits jeunes ordonnent en même temps au bus 38 qui longe l'avenue du Général Leclerc et au 62, rue d'Alésia d'avancer, avec ce sifflement impératif et incontournable qui semble célébrer la confiance retrouvée. Heureusement que les chauffeurs respectifs l'ont vu venir et ont de bons réflexes: leurs véhicules se sont arrêtés à 5 cm l'un de l'autre, alors que nos pandores -tous deux placés du mauvais côté - continuent de leur intimer l'ordre d'avancer. Le besoin d'être obéi l'emportant sur le bon sens, les policiers tempêtent jusqu'au moment où ils sont placés devant l'évidence: obéir à leurs ordres conduit à l'accident. Leur regard se porte alors désespérément vers leur protecteur, chef, patron, boss qui s'obstine à regarder son téléphone et mimer les gestes qui sauvent en essayant de réguler la circulation là où il n'y en a pas.
Je ne suis pas expert en carrefourologie, mais j'ai constaté, habitant à proximité, que le carrefour d'Alésia est souvent embouteillé et soumis à des convois prioritaires: chefs d'Etat en visite à paris qui transitent par Orly, prisonniers de Fleury ou Fresnes qui viennent pour une audience, argent de la Banque de France, très sérieusement encadré, le tout un soir de grand départ... en général, une policière ou un policier à chaque rue du carrefour - il en faut six - un chef dynamique et chacun régule son trafic.
Manifestement, ce jeudi soir, le chef manquait de métier, de pêche ou de charisme et ses équipiers faisaient ce qu'ils pouvaient ... individuellement. Une équipe, c'est bigrement puissant, encore faut-il maîtriser et libérer cette puissance. Alors, un conseil, si je puis me permettre, pour les chefs:
1- comprenez qu'en toute circonstance, vous serez appelés à prendre des décisions et donner le tempo. Aussi, même si vous ne savez pas quoi faire: restez au contact de vos collaborateurs, les bonnes décisions viendront toutes seules et le métier reviendra du moment que les regards se croisent.....
2- à défaut, la puissance de votre équipe à régler une situation se retournera contre elle (mais que fait la police ?!?) car, en l'occurrence, le niveau moyen d'énervement est monté et s'est retourné contre les représentants de l'ordre impuissants à le faire respecter (de toute façon, quand il y a des flics, c'est le bordel !)
Mais qui suis-je pour apporter des conseils ? "circulez, il n'y a rien à voir..."
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