vendredi 20 janvier 2012

DES JOUEURS EN LIGNE ET DES CHERCHEURS COOPERENT


un article de Libération du 19 septembre 2011 interpelle sur l'intérêt du collaboratif
www.liberation.fr/societe/01012360755-virus-du-sida-des-joueurs-en-ligne-resolvent-une-enigme

Des chercheurs tentent de modéliser une enzyme proche du virus du sida. Les moyens traditionnels tels que les ordinateurs et leur puissance de calcul sont dans l'impasse depuis 10 ans. L'équipe décide de poser la question à un groupe de joueurs regroupés sur un site internet http://fold.it créé par l'Université de Washington... ils ont mis trois semaines à trouver.

Bilan:
  • des malades voient s'ouvrir des perspectives
  • des chercheurs voient résolue une énigme qui les taraudait depuis plus de dix ans
  • des joueurs habiles et/ou brillants se savent reconnus (les noms des joueurs ont été publiés sur la revue scientifique Nature Structural & Molecular Biology)
Il a fallu dix ans pour que des chercheurs fassent appel à des non-chercheurs dans ce cas précis.
D'abord, il leur a fallu successivement buter irrémédiablement sur le problème, faire le tour des solutions scientifiques qu'ils avaient à leur disposition, comprendre qu'ils raisonnaient en boucle. Et donc décider de sortir de leur façon de voir habituelle.
D'autre part, il leur a fallu accepter l'idée qu'ils pouvaient faire appel à l'extérieur de la communauté scientifique
Enfin, via internet, ils ont pu accéder à une communauté de joueurs en ligne dont la passion est de résoudre des énigmes,  en l'occurrence de type mécaniste.

"... nous sommes en train d'adopter la même approche dans la façon d'enseigner les maths et la science à l'école", souligne Zoran Popovic, professeur d'informatique à l'Université de Washington. 

Le travail en mode collaboratif mobilise outre la somme des individus qui coopèrent, l'entité groupe qui les réunit et représente une composante supplémentaire où chacun contribue et enrichit le champ des possibles de l'autre, dans la mesure de ses capacités.

jeudi 19 janvier 2012

L'INTELLIGENCE COLLABORATIVE UNE DEMARCHE PERENNE... QUAND ELLE EST BIEN PENSEE


 La préoccupation réelle des services RH et Formation en entreprise au sujet de la prévention des risques sociaux a conduit à s'intéresser aux ressources de l'intelligence collaborative.
Le collaboratif s'est popularisé sur internet, grâce à internet. Les internautes connaissent tous par exemple le site Wikipedia qui, quelles que soient les critiques  qui lui sont adressées, met au service de la communauté des ressources documentaires inestimables. Les chiffres français: 1,2 millions d'articles rédigés par 5000 contributeurs actifs. Un tel concept n'aurait pas été possible sur support papier. Il apporte une image positive du collaboratif.
Le collaboratif en entreprise en est à ses balbutiements. Beaucoup de responsables craignent un effet de mode et une démarche fragile.
Je travaille sur l'Intelligence Collaborative depuis quelques années et suis en mesure d'affirmer que la démarche est pérenne à condition de bien comprendre où on met les pieds.

L'Intelligence Collaborative impose d'abord un modèle de relations interpersonnelles qui ne correspond pas aux standards connus

L'Intelligence collaborative pose l'idée que la compétition concerne uniquement les relations extérieures à l'entreprise. Il ne saurait en être question au sein d'une même équipe. Ainsi peut s'appliquer le principe systémicien que l'énergie ou la force du groupe est supérieure à la somme des énergies et forces individuelles. Chacun apporte son regard à la communauté constituée et ouvre, par sa présence le champ des possibles de tous les autres. Pas de rétention, pas de coups bas, pas d'individualisme dans cette démarche, au contraire, beaucoup d'entraide et de bienveillance. Le poser est affaire de gouvernance d'entreprises attachées à la fois à la prévention des risques sociaux et à l'amélioration du savoir-être des personnes et des équipes.

D'autre part, elle permet à l'individu, quelle que soit sa place, de prendre de la hauteur et de se développer personnellement. Sachant que nous pouvons compter sur l'autre, plutôt que nous limiter à notre seul raisonnement, nous préférons entendre s'exprimer plusieurs points de vue pour enrichir notre propre vision. Ainsi, lorsque je travaille avec un groupe, passées les premières minutes où tous attendent beaucoup du consultant, les participants découvrent que les ressources sont en eux et que ma méthode consiste seulement à les initier et les aider à chercher en eux.
Bien entendu une fois cette façon de voir les choses adoptée, elle peut  dépasser allègrement le milieu du travail et nombre de mes clients se réjouissent que leur position familiale évolue et que le travail qu'ils ont effectué sur l'écoute leur serve à tout moment.
Il y a en effet beaucoup à gagner à améliorer la qualité de son écoute et regarder l'autre avec bienveillance.

Alors, qu'est-ce qui fait que le monde ne soit pas régi par ces bases simples et que les entreprises soient encore timides dans l'implantation d'une vision de l'autre qui nous grandit et facilite nos relations ?

D'une part, rares sont ceux qui vivent un conte de fées. Notre culture porte à sa base l'homo homini lupus latin, adage par lequel nous nous sommes persuadés que l'homme est un loup pour l'homme et qu'à coopérer, on risque de se faire manger tout cru.
D'autre part, il y a la peur du saut dans l'inconnu.
Je vais tenter de montrer d'abord que l'homo homini  est avant tout croyance et qu'il ne doit pas nous priver du plaisir de l'Intelligence Collaborative. Puis je poserai les bases d'une collaboration bien ordonnée telle que je l'implante en entreprises en transparence.

Homo homini non est lupus

En 1985, dans le Vermont, un client, industriel dans le bâtiment, m'invite à son déjeuner de pairs (peers). Là, cinq chefs d'entreprise locaux déjeunent ensemble, pour réfléchir ensemble. Après un tour de table des problématiques de chacun, ils se livrent mutuellement leurs analyses de chaque situation. Je venais d'assister aux balbutiements du codéveloppement professionnel, ultérieurement couché sur le papier par Adrien Payette et Claude Champagne, deux chercheurs et consultants canadiens.

J'en suis revenu la tête pleine de rêves, mais il m'a fallu beaucoup de temps avant de pratiquer moi-même les dynamiques collaboratives parce que je m'étais mis en tête que dans un monde où on s'agresse par la tricherie, la trahison, la délinquance et la guerre, il fallait être de sacrés bons copains pour profiter de cette mise en commun, que je comparais à une mise à nu.

Je constate que les relations les plus authentiques et pérennes sont basées sur l'idée de confiance. Notre expérience nous porte vers les personnes auxquelles on prête des qualités ... les autres ne sont pas l'enfer pour autant. Le concept de compétition vient brouiller les cartes: en entreprise, on pense souvent qu'il est dangereux de coopérer parce qu'une part de soi va être happée.

Pourtant la plupart des organisations nationales et internationales ont pour mission de régir la vie en société. Et elles sont basées sur la volonté majoritaire de coopérer.

A contrario, la lecture du livre "la route" de Cormac Mccarthy est édifiante. Après une catastrophe mondiale qui est seulement présentée par des nuages de particules en éternelle suspension, l'homme est vraiment devenu un prédateur. L'idée de confiance a disparu et les gens qui errent se fuient pour se préserver. Cette vision noire est très éloignée de la société dans laquelle nous vivons.

La volonté de prédation de l'humain par l'humain est à la fois une croyance et un frein à son épanouissement. Ainsi en 1979 et sans qu'il ait été démenti depuis, Anatol Rapoport (mathématicien et philosophe américain) a gagné une compétition de logiciels comportementaux. Le sien était basé sur le message: Collaboration-Réciprocité-Pardon. Un article de Wikipedia lui est consacré: http://fr.wikipedia.org/wiki/Coop%C3%A9ration-r%C3%A9ciprocit%C3%A9-pardon J'utilise beaucoup cette stratégie comportementale que je développerai plus loin. L'expérience de 79 a montré que parmi les quatorze compétiteurs  c'est celui qui était programmé pour la collaboration qui l'a emporté de toutes les formes de confrontation qui étaient proposées.
Aussi, avis aux amateurs, si quelqu'un peut "battre" le logiciel d'Anatol, qu'il n'hésite pas à le faire savoir.

La faiblesse de Wikipedia est le fait que chacun, coopératif ou tricheur, puisse rédiger ou amender des articles. La communauté collaborative - qui n'est pas fragile - s'est mobilisée et est aujourd'hui à même de contrôler la qualité de la majeure partie de ce qui est publié.

Enfin, on peut trouver sur Youtube ( http://www.youtube.com/watch?v=y31b55H-ynE )une vidéo de Bernard Levêque, directeur du développement de l'intelligence collective au sein de MMA qui y témoigne, trois ans après la mise en place des premiers groupes de codéveloppement professionnel, de leur intérêt: diminution de l'absentéisme, ceux qui ont commencé choisissent de continuer, prise de hauteur, développement des capacités spécifiques correspondant à leurs besoins propres. C'est un témoignage français, on peut en trouver beaucoup sur les sites canadiens et américains qui pratiquent depuis longtemps.

 Collaboration bien ordonnée ....
J'ai découvert la stratégie de la bienveillance dans l'ouvrage éponyme de Juliette Tournand.
Elle y a tiré les conséquences des études d'Anatol Rapoport - je l'avais dit, on y revient - Coopération Réciprocité Pardon.
Son application suppose de proposer systématiquement la coopération. Si celui d'en face coopère aussi (réciprocité), on entre dans une relation gagnant/gagnant. Mais celui d'en face peut aussi ne pas coopérer avec plus ou moins d'agressivité. Je dois lui répondre avec la même agressivité (réciprocité). Mais il y a le pardon. C'est à dire que systématiquement, je reviens - comme s'il s'agissait d'une position par défaut - à la collaboration et un cercle vertueux ou vicieux se met en place. Et ainsi de suite.
Juliette ajoute que cette stratégie doit être claire et visible. Chacun doit en connaitre les règles et les enjeux.

J'ai depuis beaucoup travaillé sur l'idée de bienveillance envers soi-même. C'est pour moi le point de départ. Avant d'aborder la coopération, il est préférable de définir le terrain sur lequel on va coopérer. Pour prendre quelques exemples en entreprise, on n'a pas à faire entrer le domaine personnel. De même les détenteurs de secrets professionnels doivent trouver les champs au sein desquels ils ne risquent pas de se sentir à la marge. On peut aussi ressentir certaines vulnérabilités personnelles qu'on n'a pas envie de mettre sur la table.

Une fois cette réflexion entamée et la prise de conscience qu'elle génère, on peut se lancer.

Il faut accepter de passer en mode écoute pendant une bonne partie du temps. En ce qui me concerne, je pratique avec les groupes le tour de parole circulaire qui est à la fois un bon moyen de se mettre à l'écoute, mais aussi de garantir à chacun l'égalité dans la parole. Je précise que je travaille avec des groupes qui ne dépassent jamais dix personnes, ce qui rend la chose matériellement possible.

Comment je m'y prends ?

La méthode que je pratique comprend trois phases
La première est consacrée à la préparation: permettre à chacun de mettre au point son champ de l'ouverture. C'est un moment enthousiasmant qui génère une réelle appétence.
La seconde est une expérimentation sur le terrain
La troisième est le moment de mettre au point, selon un cadre strict et défini, sa nouvelle pratique

La préparation passe par l'utilisation d'outils qui ouvrent à des questions qui permettent d'allier sa tête, son cœur et son corps. Chacun découvre l'étendue de ses propres ressources et sa capacité à aider l'autre. Bien entendu, chacun adopte le mode "à l'écoute". C'est une journée intense parce que les stagiaires découvrent, s'étonnent, aiment ce qu'ils font et découvrent l'étendue du champ de leurs possibles. En fin de journée, on organise un suivi collectif par téléconférence, pendant la phase suivante.

L'expérimentation sur le terrain: de retour à l'entreprise, chacun va tester les pistes et solutions élaborées pendant ce jour de préparation. C'est le moment où chacun trouve ses repères et vainc ses peurs. Le groupe se reconstitue régulièrement par vidéoconférence et partage découvertes, réussites, les difficultés rencontrées et les moyens utilisés pour les résoudre.

La mise en œuvre: après ce délai d'apprentissage, le groupe organise une véritable séance de codéveloppement professionnel. La préparation qui a précédé a permis que chaque participant ait déterminé ses besoins et par conséquent, trouve sa place. Et ce codéveloppement bien initié devient pérenne.


dimanche 18 décembre 2011

Quand les mots pour le dire ....

Un regard bienveillant ....

mercredi 23 novembre 2011

Sylvia Howard sera en concert le 30 novembre au Méridien à Paris ....



mardi 3 mai 2011

Le ridicule ne tue pas .... si on sait en tirer parti

J'ai pu expérimenter le rattrapage d'une situation qui ne me mettait pas en valeur par l'emphase. Méthode ? bien s'imprégner de la vidéo ci-dessous et lorsque l'occasion nous arrive, bien garder en tête que le ridicule disparait dès que nous semblons maîtriser l'accident. Bien entendu, un accident n'est par essence pas maîtrisable, mais les choses se passent si rapidement que la vraisemblance n'a pas d'importance. Regardez ce policier en rajouter dès qu'il a compris que "ça marche" !

lundi 21 mars 2011

MAIS QUE FAIT LE CHEF ?

Carrefour d'Alesia à Paris, un jeudi en fin d'après-midi. Le trafic est totalement bloqué. On pourrait reprocher aux voitures de s'engager imprudemment sur le centre, ajoutant leur obole au désordre ambiant. J'ai écrit "on pourrait" parce qu'en fait, les voitures y sont invitées par .... la police. En effet, tout est bloqué et pourtant, la police est là !

A l'abri dans un bus, je ne peux qu'observer depuis une certaine hauteur ce qui se passe. Et tout d'abord, de jeunes policières et policiers, stressés. Ils obéissent aux ordres en laissant passer des voitures qui ne passeront pas. Le bruit des klaxons, les cris des piétons qui n'osent pas traverser ou dénoncent les deux roues qui circulent sur le trottoir, tous les acteurs sont excités face à une situation qui n'a pas lieu d'être.

Fermez les yeux et mettez vous à la place des intervenants: des ordres inopérants, plus de stress à chaque fois, des cris, l'impression mêlée de sa propre responsabilité et de son impuissance. J'en connais beaucoup qui auraient balancé leur casquette sur le sol et seraient allés voir ailleurs. Au contraire, stressés et malheureux, ils sont en poste et y restent. Leurs regards convergent vers la rue d'Alésia. Il y a là une fourgonnette de la police, leur chef peut-être (le PC). J'essaie d'y distinguer les gens, l'un d'eux est au téléphone. Il semble aussi désireux de communiquer avec ses troupes qu'un garçon de café de se précipiter vers un client qui le hèle pour se plaindre de la lenteur du repas.

Amateur de musique classique, je connais le regard apaisé des musiciens vers le chef d'orchestre qui leur donne le rythme. Ou étonné lorsque les choses ne vont pas comme ils l'entendraient. Auquel cas, les regards se font nombreux et tentent de retrouver une harmonie même ténue.

Carrefour d'Alésia, l'harmonie n'est pas ténue, il n'y a pas d'harmonie et les regards se perdent, chaque policier montrant à ses collègues et... au public, son désarroi. A tel point que deux petits jeunes ordonnent en même temps au bus 38 qui longe l'avenue du Général Leclerc et au 62, rue d'Alésia d'avancer, avec ce sifflement impératif et incontournable qui semble célébrer la confiance retrouvée. Heureusement que les chauffeurs respectifs l'ont vu venir et ont de bons réflexes:  leurs véhicules se sont arrêtés à 5 cm l'un de l'autre, alors que nos pandores -tous deux placés du mauvais côté - continuent de leur intimer l'ordre d'avancer. Le besoin d'être obéi l'emportant sur le bon sens, les policiers tempêtent jusqu'au moment où ils sont placés devant l'évidence: obéir à leurs ordres conduit à l'accident. Leur regard se porte alors désespérément vers leur protecteur, chef, patron, boss qui s'obstine à regarder son téléphone et mimer les gestes qui sauvent en essayant de réguler la circulation là où il n'y en a pas.

Je ne suis pas expert en carrefourologie, mais j'ai constaté, habitant à proximité, que le carrefour d'Alésia est souvent embouteillé et soumis à des convois prioritaires: chefs d'Etat en visite à paris qui transitent par Orly, prisonniers de Fleury ou Fresnes qui viennent pour une audience, argent de la Banque de France, très sérieusement encadré, le tout un soir de grand départ... en général, une policière ou un policier à chaque rue du carrefour - il en faut six - un chef dynamique et chacun régule son trafic.

Manifestement, ce jeudi soir, le chef manquait de métier, de pêche ou de charisme et ses équipiers faisaient ce qu'ils pouvaient ... individuellement. Une équipe, c'est bigrement puissant, encore faut-il maîtriser et libérer cette puissance. Alors, un conseil, si je puis me permettre, pour les chefs:
1- comprenez qu'en toute circonstance, vous serez appelés à prendre des décisions et donner le tempo. Aussi, même si vous ne savez pas quoi faire: restez au contact de vos collaborateurs, les bonnes décisions viendront toutes seules et le métier reviendra du moment que les regards se croisent.....
2- à défaut, la puissance de votre équipe à régler une situation se retournera contre elle (mais que fait la police ?!?) car, en l'occurrence, le niveau moyen d'énervement est monté et s'est retourné contre les représentants de l'ordre impuissants à le faire respecter (de toute façon, quand il y a des flics, c'est le bordel !)

Mais qui suis-je pour apporter des conseils ? "circulez, il n'y a rien à voir..."