mardi 20 novembre 2007

Chronique Lettre de l'Assurance 14/11/07

Mardi 30 octobre : « Washoe née en 1965 dans l'Ouest de l'Afrique est morte le 30 octobre 2007 aux Etats-Unis. C'était une femelle chimpanzée qui vécut à l’Institut de la Communication du Chimpanzé et de l’Humain (Chimpanzee and Human Communication Institute – CHCI) de l’Université Centrale de Washington, à Ellensburg, État de Washington. Washoe a été le premier primate non-humain à acquérir un langage humain (la langue des signes américaines), lors d’un projet de recherche très controversé sur l’acquisition du langage par l’animal. Le nom de Washoe provient du comté de Washoe, au Nevada, où elle fut élevée dès son 10eme mois par Allen et Beatrix Gardner.
En 1967, les Gardner développèrent le projet d’enseigner à Washoe le langage des signes américain (ASL) à l’Université du Nevada, à
Reno. Des essais antérieurs consistant à apprendre à des chimpanzés des langues vocales (comme les projets de Gua et de Viki) avaient échoué. Les époux Gardner ont donc basé leur approche sur l’idée que les projets antérieurs avaient échoué du fait du sous-développement de l’appareil vocal des chimpanzés et non pas parce que ces animaux étaient fondamentalement incapables d’apprendre un langage (comme de nombreux biologistes de l’évolution et linguistes le proclamaient alors). Les Gardner ont choisi la langue des signes comme fondement de leur étude parce qu’ils avaient remarqué que les chimpanzés utilisaient spontanément les gestes pour communiquer entre eux…
Comme les chimpanzés des études antérieures, Washoe a été élevée dans un environnement riche de langue (et, dans son cas, riche de langage des signes) afin de recréer au maximum l’univers d’un petit enfant humain.
Washoe utilisait environ 130 signes qui formaient son "lexigramme". » Extrait de Wikipédia. J’ai eu beau rechercher, je n’ai trouvé nulle part trace des dernières paroles de Washoe. C’eût pu être éclairant.
Mercredi 31 octobre : je reçois ma nième victime du syndrome de l’imposteur. « Je viens d’être promu, je l’attendais depuis longtemps. J’ai un peu peur d’être considéré comme parachuté et je ne me sens pas à la hauteur ». Il s’ensuit, soit une rapide amélioration « finalement on m’a nommé là parce que je le vaux bien, après une période d’adaptation, j’ai pu trouver ma dimension » soit une détérioration plus ou moins lente, tournant à l’obsession, mobilisant tous les n+1, n et n -1 et conduisant au départ ou au placard.
J’y consacre ce commentaire parce que le phénomène est de plus en plus fréquent. Ce syndrome procède d’une dévalorisation. On l’a appelé « de l’imposteur » car le nouveau promu a l’impression d’avoir volé la place d’un autre. Il vit dans l’angoisse d’être démasqué et surcompense en travaillant beaucoup – on n’a rien à me reprocher, se sent terne, ne participe plus activement aux réunions –peur de se faire remarquer… beau gâchis en réalité.
Dans un cap difficile, le rôle du coach consiste à accompagner son(a) client(e) ici et maintenant. Mais il n’est pas inintéressant de s’inquiéter des causes et notamment de celles qui ne tiennent pas à la personne elle-même, mais à un contexte forgé par des accumulations de croyances.
Tout d’abord, l’esprit challenge, on dit rarement à quelqu’un que sa promotion est le résultat de l’observation de son travail par ses pairs et la volonté de l’entreprise de mieux l’utiliser. Non, en général, on parle d’un nouveau challenge et, sans préciser de délai, on ajoute « que tu vas transformer ». And so what ? Et maintenant, débrouille-toi avec ça. La tendance est à la mise en danger, on croit que ça accroît les capacités du sujet que de se sentir en permanence sous pression. Fort heureusement, les services ressources humaines réfléchissent à l’intérêt bien mêlé des salariés et de l’entreprise et organisent l’accueil d’un salarié ou cadre à son nouveau poste.
Ensuite et c’est là que s’opère la liaison avec Washoe : l’influence de l’ami Peter, auteur du principe éponyme. En effet, Washoe a fait carrière – si je puis dire, à l’Université Centrale de Washington. Lawrence J. Peter fut Docteur en Education de l’Université de l’Etat de Washington. L’une ouvrit des perspectives, l’autre les borna. On a tous en tête, comme un réflexe bien ancré ce principe de Peter : « Tout employé tend à s'élever à son niveau d'incompétence. », immédiatement suivi du corollaire de Peter : « Avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d'en assumer la responsabilité. »
Ledit principe consacre une vision hiérarchiste de l’organisation d’une société. Par exemple, lorsqu’il explique qu’untel était excellent professeur, mais est devenu un piètre chef de service (métier de professeur + l’aspect paperasserie), on sous-entend qu’il n’y ait qu’une seule façon de progresser, une hiérarchie unique. Or aujourd’hui on est à même de choisir sa carrière et son évolution. Par exemple, dans le cas du professeur, lui proposer une spécialisation dans son domaine de recherche aurait été plus judicieux que lui imposer une évolution inadaptée.
Ainsi, ce principe s’est érigé en plafond psychologique qui, contrairement à Washoe, nous incite à limiter notre créativité. Son succès en France pourrait être lié aux origines gauloises d’une bonne partie d’entre nous qui n’avons toujours pas réglé les comptes avec l’immensité des cieux.
Alors qu’on se le dise une bonne fois ! :
- une promotion c’est bon signe
- ceux qui l’ont décidée en ont en principe pesé l’intérêt pour l’entreprise
- le changement qu’elle génère est surtout l’occasion pour vous de disposer de meilleurs
moyens
- dès que vous ressentez les signes avant-coureurs (je ne suis pas digne, capable, à la hauteur … de ce poste), parlez-en : à ceux qui vous ont nommé(e) si vous vous sentez libre avec eux, à votre entourage, à un professionnel avant que votre comportement ou votre communication ne s’affaiblissent et que vous vous sentiez atteint(e) par ce syndrome qui n’existe pas, mais qui emprisonne, puis condamne.