jeudi 13 décembre 2007

5 Décembre 1957 - 5 décembre 2007

Le 5 décembre 2007, j’ai eu 50 ans. ..
Ipso facto, j’appartiens à la classification dite des quinquas.Depuis 5 ans déjà, je ne peux plus passer de concours administratif, aujourd’hui la publicité sur TF1 ne me concerne plus, si je n’avais pas de travail mieux vaudrait m’abstenir de rechercher pour éviter les frustrations, je ne peux plus briller que dans quelques sports, le déclin physique se précipite etc, etc…Je suis allé à la FNAC voir la littérature sur le sujet. 2 livres (il y en a peut-être plus, mais c’est ce que m’a indiqué le vendeur). L’un, préfacé par Jacques Attali constate le sort indû réservé à ces déchus de la société et égrène les cas de mise au placard, de descente sociale allant jusqu’à la clochardisation qui guette les malheureux qui ont réussi à atteindre cet âge. Le second nettement plus optimiste annonce que les années pré-retraite s’achèvent et que bientôt, on va retravailler au-delà de 55 ans. Ce qui suppose, reconnaît l’auteur, que poussées par la nécessité du recul de l’âge de la retraite, les entreprises cessent de considérer que la cinquantaine est l’ultime tournant de la rentabilité et trouvent des postes motivants pour ces potentiels ex-futur-recalés du monde des actifs. On pourra peut-être même ultérieurement évoquer les rappelés ?
Certes j’arrive à l’âge où l’anniversaire ne célèbre plus seulement le nombre d’années depuis notre naissance, mais aussi – et les regards ou sourires des plus jeunes sont à ce sujet éloquents – cette frontière où on se met à considérer le nombre d’années qu’il nous reste à vivre. Oh, on ne compte pas. On sait seulement que vers 40 ans, on passait dans l’autre moitié, mais, bien que très symbolique, ça restait vague. A 50, on a bien avancé. Ce n’est pas une raison pour se calfeutrer et attendre la fin.J’ai vraiment ressenti il y a 30 ans la phrase de Nizan : « je ne laisserai personne dire que vingt ans est le plus bel âge … ». J’ai maintenant 50 ans donc et me sens différent de ce qu’on m’annonce. Mon naturel est plutôt optimiste, je le reconnais. Mais objectivement, je ne me suis jamais aussi bien senti physiquement, moralement et émotionnellement dans ma peau.
A 50 ans, on a cet avantage de non seulement savoir ce que l’on ne veut pas, mais aussi, d’avoir bien avancé dans la réflexion du « ce que l’on veut » ou du « ce qui est bon pour nous ». Et puis, on n’a plus rien à prouver, on peut plus librement se louper et donc prendre des risques.
C’est l’âge où Marie, ex Présidente pour l’Europe d’un organisme de crédit américain débarquée vers l’âge fatidique, me confiait : « tu sais – Marie a rapidement rejoint un autre organisme financier – je ne cessais de répéter et passais pour une vieille râleuse, que l’immobilier est cyclique et ne peut être haussier en permanence. Depuis la crise du mois d’août, tout le monde revient prendre mon avis, mes cheveux teints rassurent »
Aussi, je me sens totalement décalé avec la sinistrose ambiante autour de la quinquagénie qui mêlerait une forme de déchéance sociale par le travail à une énième crise familiale liée cette fois au départ des enfants - et à un énième démon de midi. Ainsi à 40 ans on serait dans la force de l’âge. Les jeunes retraités de 60 ans seraient sémillants. Mais entre les deux, on aurait droit à la pitié ou à l’opprobre générale. Ca peut intéresser les sociologues, pas les intéressés. Le vrai problème qui se pose à nous actuellement, c’est l’emploi.

Une alternative :

On travaille pour une des rares entreprises où les ressources humaines, conscientes de l’enjeu, des évolutions législatives et de l’inversion de la pyramide des âges anticipent en créant des liens intergénérationnels solides permettant à chacun de trouver sa place. Ces entreprises sont peut-être encore minoritaires, mais la réelle nécessité de travailler plus âgé va généraliser la démarche.

Pendant le temps d’adaptation, un certain nombre connaîtra des difficultés. On peut prendre les devants. J’ai personnellement opté pour cette solution il y a quatre ans et je ne le regrette pas. Par mon métier, je rencontre pas mal de « quinquas » qui créent leur entreprise ou deviennent consultants et cherchent à se faire épauler dans les domaines que leur propre expertise ne couvre pas (le commercial en général). La plupart arrivent au même constat : à condition d’avoir un toit et six mois à un an de trésorerie (ça rassure et permet de rester indépendant) « …je vis aujourd’hui une vie où les seules contraintes que je rencontre sont celles que j’accepte ou m’impose moi-même. Je choisis ». Ca ne s’improvise pas, pour bien le vivre, mais une fois le pas franchi, nul ne ressent le besoin de revenir en arrière.

D’adaptation ou de transition, l’emploi va se pérenniser…dans les années à venir. Boostés par l’allongement de la vie, on va développer l’activité. Alors, certes à 60 ans on sera sémillant et souriant, mais on bossera encore. J’ai vu un reportage aux USA où en raison du système de retraite, on voit des petits papis qui tiennent les pompes à essence. Vous imaginez dans 25 ans, quand le débat présidentiel portera sur l’enjeu de la retraite à … 83 ans pour stimuler la croissance. Baroin qui n’aura pas pris une ride sera candidat pour la deuxième fois.

Pour ce qui touche à la vie privée, crise ou pas crise, les adolescents s’apprêtent à tirer leur révérence. On risque de devenir grands-parents, statut hautement enviable, même s’il marque un peu.

Quelle que soit notre situation par ailleurs, on sait à cet âge où on va et comment.
Aussi, je le répète, j’arrive enfin à l’âge où je n’ai plus besoin de tout remettre en cause, mais où il est simplement question de … vivre bien et je ne laisserai personne m’en empêcher.

Philippe Bonargent
philippe@resolutions-coaching.com

mardi 20 novembre 2007

Chronique Lettre de l'Assurance 14/11/07

Mardi 30 octobre : « Washoe née en 1965 dans l'Ouest de l'Afrique est morte le 30 octobre 2007 aux Etats-Unis. C'était une femelle chimpanzée qui vécut à l’Institut de la Communication du Chimpanzé et de l’Humain (Chimpanzee and Human Communication Institute – CHCI) de l’Université Centrale de Washington, à Ellensburg, État de Washington. Washoe a été le premier primate non-humain à acquérir un langage humain (la langue des signes américaines), lors d’un projet de recherche très controversé sur l’acquisition du langage par l’animal. Le nom de Washoe provient du comté de Washoe, au Nevada, où elle fut élevée dès son 10eme mois par Allen et Beatrix Gardner.
En 1967, les Gardner développèrent le projet d’enseigner à Washoe le langage des signes américain (ASL) à l’Université du Nevada, à
Reno. Des essais antérieurs consistant à apprendre à des chimpanzés des langues vocales (comme les projets de Gua et de Viki) avaient échoué. Les époux Gardner ont donc basé leur approche sur l’idée que les projets antérieurs avaient échoué du fait du sous-développement de l’appareil vocal des chimpanzés et non pas parce que ces animaux étaient fondamentalement incapables d’apprendre un langage (comme de nombreux biologistes de l’évolution et linguistes le proclamaient alors). Les Gardner ont choisi la langue des signes comme fondement de leur étude parce qu’ils avaient remarqué que les chimpanzés utilisaient spontanément les gestes pour communiquer entre eux…
Comme les chimpanzés des études antérieures, Washoe a été élevée dans un environnement riche de langue (et, dans son cas, riche de langage des signes) afin de recréer au maximum l’univers d’un petit enfant humain.
Washoe utilisait environ 130 signes qui formaient son "lexigramme". » Extrait de Wikipédia. J’ai eu beau rechercher, je n’ai trouvé nulle part trace des dernières paroles de Washoe. C’eût pu être éclairant.
Mercredi 31 octobre : je reçois ma nième victime du syndrome de l’imposteur. « Je viens d’être promu, je l’attendais depuis longtemps. J’ai un peu peur d’être considéré comme parachuté et je ne me sens pas à la hauteur ». Il s’ensuit, soit une rapide amélioration « finalement on m’a nommé là parce que je le vaux bien, après une période d’adaptation, j’ai pu trouver ma dimension » soit une détérioration plus ou moins lente, tournant à l’obsession, mobilisant tous les n+1, n et n -1 et conduisant au départ ou au placard.
J’y consacre ce commentaire parce que le phénomène est de plus en plus fréquent. Ce syndrome procède d’une dévalorisation. On l’a appelé « de l’imposteur » car le nouveau promu a l’impression d’avoir volé la place d’un autre. Il vit dans l’angoisse d’être démasqué et surcompense en travaillant beaucoup – on n’a rien à me reprocher, se sent terne, ne participe plus activement aux réunions –peur de se faire remarquer… beau gâchis en réalité.
Dans un cap difficile, le rôle du coach consiste à accompagner son(a) client(e) ici et maintenant. Mais il n’est pas inintéressant de s’inquiéter des causes et notamment de celles qui ne tiennent pas à la personne elle-même, mais à un contexte forgé par des accumulations de croyances.
Tout d’abord, l’esprit challenge, on dit rarement à quelqu’un que sa promotion est le résultat de l’observation de son travail par ses pairs et la volonté de l’entreprise de mieux l’utiliser. Non, en général, on parle d’un nouveau challenge et, sans préciser de délai, on ajoute « que tu vas transformer ». And so what ? Et maintenant, débrouille-toi avec ça. La tendance est à la mise en danger, on croit que ça accroît les capacités du sujet que de se sentir en permanence sous pression. Fort heureusement, les services ressources humaines réfléchissent à l’intérêt bien mêlé des salariés et de l’entreprise et organisent l’accueil d’un salarié ou cadre à son nouveau poste.
Ensuite et c’est là que s’opère la liaison avec Washoe : l’influence de l’ami Peter, auteur du principe éponyme. En effet, Washoe a fait carrière – si je puis dire, à l’Université Centrale de Washington. Lawrence J. Peter fut Docteur en Education de l’Université de l’Etat de Washington. L’une ouvrit des perspectives, l’autre les borna. On a tous en tête, comme un réflexe bien ancré ce principe de Peter : « Tout employé tend à s'élever à son niveau d'incompétence. », immédiatement suivi du corollaire de Peter : « Avec le temps, tout poste sera occupé par un incompétent incapable d'en assumer la responsabilité. »
Ledit principe consacre une vision hiérarchiste de l’organisation d’une société. Par exemple, lorsqu’il explique qu’untel était excellent professeur, mais est devenu un piètre chef de service (métier de professeur + l’aspect paperasserie), on sous-entend qu’il n’y ait qu’une seule façon de progresser, une hiérarchie unique. Or aujourd’hui on est à même de choisir sa carrière et son évolution. Par exemple, dans le cas du professeur, lui proposer une spécialisation dans son domaine de recherche aurait été plus judicieux que lui imposer une évolution inadaptée.
Ainsi, ce principe s’est érigé en plafond psychologique qui, contrairement à Washoe, nous incite à limiter notre créativité. Son succès en France pourrait être lié aux origines gauloises d’une bonne partie d’entre nous qui n’avons toujours pas réglé les comptes avec l’immensité des cieux.
Alors qu’on se le dise une bonne fois ! :
- une promotion c’est bon signe
- ceux qui l’ont décidée en ont en principe pesé l’intérêt pour l’entreprise
- le changement qu’elle génère est surtout l’occasion pour vous de disposer de meilleurs
moyens
- dès que vous ressentez les signes avant-coureurs (je ne suis pas digne, capable, à la hauteur … de ce poste), parlez-en : à ceux qui vous ont nommé(e) si vous vous sentez libre avec eux, à votre entourage, à un professionnel avant que votre comportement ou votre communication ne s’affaiblissent et que vous vous sentiez atteint(e) par ce syndrome qui n’existe pas, mais qui emprisonne, puis condamne.

jeudi 25 octobre 2007

Chronique Lettre de l'Assurance 24/10/07

Lundi 15 octobre : Le vélo et surtout son héraut moderne, le vélib’ est un progrès réel par rapport à la voiture. La Ford T au moment de sa sortie était un progrès réel par rapport au vélo.
En Chine, en ce moment, on progresse. Si les chinois adoptent nos vues sur l’évolution de la planète, un milliard trois cent millions d’individus vont devoir se faire ceinture de la voiture, précisément au moment où à force de générations sacrifiées ils ont les moyens de s’en offrir. Au vu du succès du contrôle de la natalité (500 millions de petits chinois en 1966) on peut penser que les « autorités » ont du travail sur la planche.
Pourtant un optimisme béat s’affiche sur mon visage lorsque je constate qu’à une moindre échelle – Paris dépasse à peine les deux millions d’habitants – on a terrassé les crottes de chiens. Je reconnais volontiers que ces sacs en plastique sont fort disgracieux et que la connaissance que nous avons de leur contenu n’anoblit pas l’image de la créature qui cherche désespérément une poubelle publique transparente. Ainsi, la semaine dernière, dans ma rue, un homme la trentaine râle en passant à côté d’une jeune femme, laquelle attendait que son petit chien se soit libéré dans le caniveau. Et le monsieur de lui reprocher de ne pas ramasser. Il est clair pourtant que l’animal n’avait pas fini, et la dame faisait des efforts puisqu’elle brandit au nez de l’impudent le fameux sac plastique partiellement rempli, avant de le traiter de … merdeux. Une fulgurance !! L’effort est d’autant plus méritoire qu’il est efficace. On peut maintenant, à Paris, marcher la tête haute.
Alors certes, les « autorités » chinoises ont du pain sur la planche, mais une saine observation du modèle français leur permettrait le prochain bond en avant.

Mardi 16 octobre : vous recevez sans doute ces mails récurrents et assommants vous rappelant, que vous soyez femme ou homme, que votre sexualité défaille et que votre anatomie pourrait être plus impressionnante. Dans la série, il y a aussi ces veuves ou orphelines d’un homme d’affaires, parfois indélicat, qui demandent votre aide très estimée pour sortir le magot moyennant un confortable pourcentage. Et bien, la semaine dernière, c’est Mademoiselle … Kone MAWA qui sollicitait mon aide.
Mercredi 17 octobre : 2 sondages au sujet de la grève programmée du lendemain. D’après le CSA 54 % des français sont pour. En revanche, 55 % des mêmes français la trouvent injustifiée selon BVA. Précision : ces sondages étaient publiés respectivement par Libération et Le Figaro.
Le même jour : la presse annonce le remplacement de Jean-Michel Charpin à la tête de l’INSEE par Jean-Philippe Cotis. En cause une inimitié politique alimentée par les polémiques sur la fiabilité des chiffres du chômage au sens du BIT et du pouvoir d’achat, en pleine campagne présidentielle.

Semaine du 15 octobre : Jean-François Roubaud, président de la CGPME se déclare abasourdi par les révélations de la presse sur la cagnotte constituée par l’UIMM afin de fluidifier les relations avec les syndicats. Abasourdi, il semble être le seul. Les vingt dernières années nous ont suffisamment prouvé qu’en matière de financement d’institutions, réalité et fiction se télescopent avec légèreté ou parfois lourdeur. Mais c’est son rôle et si en France aujourd’hui quelqu’un doit être abasourdi, c’est lui !
Paradoxe : Fermons les yeux – si je puis dire. Les entreprises dépendant de l’UIMM cotisent. L’UIMM met de côté son bas de laine. D’après la presse et le prédécesseur de Denis Gautier-Savagnac, elle le redistribuerait aux syndicats pour fluidifier (liquéfier, lubrifier ou plutôt, en ce moment, liquider) leurs relations. Il serait alors cocasse que d’une façon ou d’une autre cet argent serve à financer des grèves dans d’autres secteurs professionnels.

Jeudi 18 octobre : les cadres avec lesquels je travaille ressentent souvent le syndrome de l’imposteur : « J’ai fait tout ce que j’ai pu pour avoir ce poste, mais je ne m’y sens pas à l’aise » J’ai lu sur Marianne la semaine dernière un article sur les vrais imposteurs. Vous vous souvenez peut-être de ce cri d’alarme de la rentrée : « désastre sanitaire aux Antilles » qui auraient abusé d’un insecticide toxique dans les années 2000. Une fois la pression médiatique retombée, on a bien retrouvé des traces de cet insecticide dans des prélèvements sanguins, mais à des taux 10 fois inférieurs aux taux de toxicité. Il semblerait, toujours d’après Marianne, que cette opération ait essentiellement visé à vendre une étude privée qui avait déjà été réalisée de façon plus complète et plus vaste par l’INSERM.
Pour réagir contre les vrais imposteurs, mangez des bananes et des ananas.

Vendredi 19 octobre : malaise. Thomas Hugues et Laurence Ferrari annoncent – le lendemain de l’Elysée – leur propre divorce. Le titre de Libération est particulièrement affligeant: « Laurence Ferrari et Thomas Hugues divorcent eux aussi ». Ce « eux aussi » veut-il dire : « il ne manquait plus qu’eux ! » ou « au point où on en est ! » ou « non mais, ça ne va pas ? ». En tout cas, un jour après, le « eux aussi » ne s’est pas retrouvé dans le traitement médiatique. Quelques communiqués, pas un article, pas une photo avec les enfants, dans le jardin. A tel point qu’on a l’impression qu’il s’agit d’un canular ou … qu’ils auraient calculé une date qui permette que l’annonce ne soit pas couverte par les médias. Mais ça supposerait qu’ils aient eu, pas mal de temps à l’avance, de bons tuyaux sur une possible diversion.

Philippe Bonargent – Coach d’entreprise
philippe@resolutions-coaching.com

jeudi 11 octobre 2007

Chronique Lettre de l'Assurance 10/10/07

Mercredi 3 octobre : discussion avec ma fille. Vous l’avez peut-être remarqué, la tendance à la télévision est à l’interactivité d’une histoire par le public. Ainsi, on peut choisir un programme (le concert de fin d’année sur Arte, par exemple) ou même parfois, la fin d’une histoire. Je trouve personnellement cela sympathique et progressiste. D’après Alix, il semble que la première fois, ce soit arrivé avec la fin de Mash, la version feuilleton du film très critique de Robert Altman sur la guerre du Vietnam, (je n’ai pas trouvé de confirmation sur internet) où le héros périssait dans un accident d’hélicoptère. Le public outré avait harcelé la chaîne pour obtenir une fin où le héros survivait. Sachant en France la sensibilité que nous avons encore vis-à-vis de la guerre d’Algérie, on peut comprendre cette protestation américaine comme à fleur de peau et infiniment plus profonde qu’un jeu sur l’interactivité. Aujourd’hui donc, si nous excluons ce précédent douloureux, on nous propose de voter à la majorité pour une version ou une autre de la fin de l’histoire. Et ma fille de conclure : « si un auteur n’est pas fichu de décider et d’assumer la fin de l’histoire qu’il raconte, on n’a qu’à s’en passer ». Je la rejoins finalement sur cette idée et jure qu’à tout jamais, je me méfierai d’une première impression sympathique et progressiste.

Vendredi 5 octobre : alléluia. Marion Jones a avoué s’être dopée. Elle est prête à rendre ses médailles (elle l’a fait le 8) et adresse ses excuses au monde entier. Le lecteur interloqué est en droit de se demander pourquoi cet alléluia…. Pas parce qu’elle a permis de consacrer une française (vérification faite sur Wikipedia), pas parce qu’aujourd’hui mon esprit est dérangé. Non tout simplement parce que pour la première fois depuis fort longtemps, une célébrité sur-médiatisée, qui a commis une faute, accepte de le reconnaître et va jusqu’à présenter ses excuses. A voir toutes ces personnes qui après une condamnation en appel persistent à faire croire à l’erreur judiciaire, au complot, le juriste de formation que je suis avait fini par croire que la communication entachait définitivement la manifestation de la vérité. Aussi, en dépit de cette tragédie et de votre faute… merci à vous Marion Jones de me permettre de dire à mes enfants que dans la vraie vie, les méchants peuvent se faire prendre et le regretter, sans passer pour quelqu’un qui nie la réalité. Merci à vous de prouver aux services de relations publiques qu’on peut s’en sortir la tête haute en reconnaissant les faits.

Vendredi 5 octobre : journée définitivement riche en évènements sportifs. L'équipe de France de fleuret masculin s'est imposée vendredi en finale des Championnats du monde de Saint-Pétersbourg. Bravo d’abord aux fleurettistes. J’espère que vous n’êtes pas dopés…. Le commentateur ajoute : « il est dommage que la discipline ait été supprimée des jeux olympiques ». L'équipe de France de fleuret masculin l’a emporté pour la gloire. En ces temps de productivité à outrance, de rationalisation, de « vous n’êtes pas dans le sujet, on perd son temps », je me rappelle de Monsieur Crozes, professeur de mathématiques en terminale C à Henri IV (en 1975) à qui nous avions eu l’outrecuidance de réclamer des révisions un mois avant le baccalauréat. « Mais enfin les enfants, on n’est pas ici pour bachoter, on est là pour apprendre et se cultiver ». Merci à vous les fleurettistes de nous rappeler que cette époque où on pouvait se dépenser pour la beauté du geste n’est pas totalement dépassée.

Dimanche 7 octobre : métro Denfert-Rochereau, le matin. Entre un jeune homme seul, la mine totalement défaite, accoutré d’une perruque rose mal ajustée. Je pense au match de la veille (Rugby France- New Zealand) et suppose qu’il a fêté ça toute la nuit, mais ce mélange d’air défait, de solitude, de décalage par rapport aux autres voyageurs me fait rire… un peu au début, puis progressivement se transforme en fou rire… communicatif, tout le wagon, se met à rire. Grâce à un jeune homme endormi, tout un wagon a pu rire, ce que je n’avais jamais vu jusque là. J’ai passé une superbe journée.

Philippe BONARGENT
Coach

vendredi 28 septembre 2007

Chronique Lettre de l'Assurance 27/09/07

« CE N’EST PAS UNE IMAGE JUSTE, C’EST JUSTE UNE IMAGE [1]».

12 millions c’est le nombre d’abonnés mondiaux, à ce jour, à la télévision sur téléphone portable. Diable, j’imagine mes longs bras de quinqua éloignant de mes yeux le petit écran pour y distinguer des athlètes, comédiens ou chanteurs. Et je crains que la marionnette qui incarne PPDA aux Guignols avec son « Vous regardez trop la télé, bonsoir » ait perdu son combat. On va devoir accepter l’image ex-cathodique tant au bureau que dans les transports. Regardez les textos, on s’y est tous mis. Le seul doute porte sur le délai d’intégration de la chose. Progrès ? Ca n’est pas dit. Je n’ai jamais entendu qu’on ne regarde pas assez la télé.

L’image dans l’image pourtant les gens de télévision ne nous facilitent pas la tâche. Je viens de faire allusion à la taille de l’image sur petit écran. Mais avez-vous aussi remarqué cette tendance à l’incrustation de l’image ou du texte dans l’image. Ca a commencé par les chaînes d’information. Pendant que le journaliste nous livre ses commentaires, les dépêches défilent. En ce qui me concerne, je ne m’y suis jamais habitué et me demande si je dois tenter de tout suivre ou sélectionner et m’y tenir. Il est rare que j’arrive au bon choix. Puis il y a eu les talk-shows, Fogiel par exemple fait défiler des sms de téléspectateurs, après un tri maison. En principe, j’écoute l’invité. Soudain, le public rit. L’invité et moi-même sommes surpris et nous interrogeons sur la subtile origine de cette subite hilarité. Le dessin, le texto ? Parfois Fogiel pense à nous livrer l’explication. Parfois il oublie. En ce qui me concerne, depuis mon salon, ce n’est pas grave. Mais l’invité : soit on lui donne l’explication et, sachant que le public a ri, il ne peut que rire à son tour, quoi qu’il ait appris sur lui-même. Soit il ne la reçoit pas et doit pourtant continuer son pitch. Dans les deux cas, il perd le contrôle de son image dans l’image.

Cyclothymie de l’image ça me fait un peu penser à ce qui se passe lorsque déjeunant avec quelqu’un, on le voit répondre au téléphone. L’interlocuteur change d’humeur sous vos yeux, et perd le fil d’une conversation qu’il vous reste à porter seul sur vos épaules. En effet, soit vous vous en souvenez, la résumez et voyez dans son « ah oui !» condescendant un ressenti de futilité, soit vous l’avez oubliée ce qui prouve qu’elle n’était pas intéressante. Un appel inopiné, c’est votre image qui se transforme aux yeux de votre interlocuteur sans que vous y ayez participé.

A retenir si vous vous apprêtez à faire un long discours l’image est un élément essentiel de la communication non verbale qui elle-même est l’élément principal de la communication. Albert Mahrabian[2] écrivait en 1972 que 7% de la communication s’exprime par les mots, 38% par le timbre de la voix et … 55% par le langage non verbal du corps.

Image fatale ? Les 2 finalistes de la présidentielle ont travaillé leur image. Travail personnel pour obtenir un teint idéal en permanence, choisir des tenues de circonstance, des postures adéquates. Travail collectif : conseillers divers, complicité avec les medias, lissage des images communément admis. Le vainqueur véhiculait il la meilleure image ? Il serait présomptueux de répondre à cette question, en revanche, une erreur d’image eût pu être fatale à l’un ou l’autre.

Image vide ? Paris, l’héritière du groupe Hilton s’est forgée une image mondiale, symbole pour certains de la réussite financière ou sociale, pour d’autres de la vacuité – elle ne produit rien, pour d’autres encore sulfureuse – ainsi, son grand-père l’aurait déshéritée.

Le roi des images le 7 novembre prochain l’ex publicitaire mondial, Charles Saatchi ouvrira son musée à Londres. Il est déjà propriétaire de la Saatchi gallery http://www.saatchi-gallery.co.uk/ l’un des plus grands sites consacrés à l’art marchand. Charles Saatchi est un grand collectionneur d’art moderne en général, chinois en particulier. Charles Saatchi a bâti sa fortune en vendant de l’image. Aujourd’hui, il vend des images d’une manière qu’il affirme désintéressée.

Répulsion ? L'image peut également être un élément essentiel dans la prise de décision. Ainsi, dans la revue Enjeux Les Echos du mois de septembre, le psychiatre Eric Albert montre l'importance de l'image des dirigeants, analysant la fronde des journalistes des Echos face à la proposition de rachat par Bernard Arnault. Le milliardaire leur présentait son bilan - mes actes parlent pour moi, les journalistes répondaient par le refus de l'image qu'il véhicule.


Le coach et l'image Mes consoeurs et confrères relookers font un excellent travail sur l'appropriation de l'image. Chacun d'entre nous, sortant de chez son coiffeur, connaît le plaisir qu'apporte un changement. Souvent dans les équipes de media-training, il y a un coach. Mais surtout, la position essentielle d'un coach vis-à-vis de son client, c'est d'être … son miroir.


Philippe Bonargent - Coach
philippe@resolutions-coaching.com


NB: Images d'Epinal
Pendant l'été, Jean-Christophe Ruffin était nommé ambassadeur de France à Dakar, la mairie de Paris mettait au service des touristes 156 ambassadeurs de l'accueil et la commune de Roquefort les Pins (Alpes Maritimes) invitait les administrés pris d'un doute sur le tri sélectif à contacter Monsieur B, "ambassadeur du tri".


[1] La formule est de Godard
[2] Non-verbal communication. Chicago: Aldine

mercredi 15 août 2007

Article paru sur www.maisonapart.com

Profession : coach de copropriété
Tension, stress, conflits… La copropriété est souvent synonyme de mésentente. Pour analyser et résoudre les problèmes, la médiation d’une personne extérieure peut s’avérer nécessaire. Rencontre avec Philippe Bonargent, coach professionnel intervenant dans les copropriétés.
Maison à part : Comment en êtes-vous arrivé à vous occuper de coaching pour les copropriétés ? Quel est votre parcours ?J’ai commencé par des études de droit, puis un cycle de gestion. Puis j’ai travaillé dix ans comme administrateur de biens. J’ai moi-même été coaché dans ce cadre. Je connais donc bien les problématiques posées et sais comme son intervention peut être bénéfique. J’ai ensuite suivi une formation de coach à HEC pour poursuivre dans cette voie.MAP : A quoi sert un coach ? Quelles doivent être ses qualités ?Un coach permet de voir d’autres horizons, d’apaiser les choses, de saisir les problèmes à tête reposée. Un coach est un facilitateur. Il doit savoir écouter les différents points de vue et essayer d’arriver à un rapprochement entre les uns et les autres. J’ai la chance d’avoir une voix basse, les gens m’écoutent, se calment. MAP : Dans le cadre de la copropriété, quels sont les cas pour lesquels vous intervenez ?Il y a deux types d’interventions. La première s’adresse au personnel des cabinets de gestionnaires de copropriété. On peut les aider à gérer leur stress, à donner un sens à ce qu’ils font. Souvent insultés, considérés comme les méchants, ils n’ont aucune rémunération ou récompense pour leurs efforts. Nous leur expliquons notamment qu’ils interviennent pour améliorer la vie des gens. La seconde s’adresse aux assemblées générales de copropriété. Tout ce qui s’y déroule relève de l’affect. Les uns contre les autres. Il n’y a pas de lumière depuis trois semaines dans le couloir, c’est de la faute d’untel, etc. Par exemple, j’interviens en ce moment dans un immeuble d’une quarantaine d’appartements où il y a une campagne pour renvoyer la gardienne. Les raisons ne s’arrêtent pas aux charges qu’elle engendre mais aussi à des affaires personnelles : certains ne l’aiment pas, disent qu’elle boit. D’autres ont un intérêt à la voir partir pour récupérer son appartement qui est mitoyen du leur… Enfin, il y a ceux qui la défendent. On essaye de les faire réfléchir sur la problématique essentielle, de leur faire saisir les vrais arguments pour trouver une solution logique : la gardienne est un lien social, doit-on le conserver ? Il est important que ce travail soit effectué par une personne extérieure à l’immeuble pour passer outre cet affect.MAP : Vous sentez une vraie demande ?
Zoom [+]
Philippe Bonargent - DR ©Je le pense. Je ne fais aucune publicité et pourtant cela marche ! Ce travail est spécifique : on essaie de redonner aux gens des bases simples pour "désaffectiver" les choses. En ce moment on est en pleine saison des assemblées de copropriété donc la demande est forte.MAP : Qui fait appel à vous ? Un copropriétaire ou la copropriété dans son ensemble ?La plupart du temps un copropriétaire. Par exemple dans une copropriété pour laquelle je suis intervenu, le conflit a lieu pour la survie d’équipements collectifs sportifs, entre des jeunes familles qui veulent les conserver et des seniors dont le président du conseil syndical, un militaire à la retraite qui n’en veulent plus. J’essaie de préparer les jeunes à retrouver une stratégie non agressive. Je suis convaincu que la bienveillance peut l’emporter sur le conflit. L’agressivité n’aboutit à rien. Le gros de mon travail, c’est du coaching d’équipe, retrouver la cohésion lorsqu’aucun arbitrage ne semble possible. C’est une démarche au long terme, non agressive, un nouveau regard qui permet le rééquilibrage des forces. MAP : Comment procédez-vous ?Je procède par interviews individuelles, j’écoute les divers échos sur l’affaire, puis j’assiste à l’assemblée générale dont tout le monde dit qu’elle devrait mal se passer. C’est du sur-mesure, cela s’adapte à chaque cas. Après cette écoute en « off », j’explique au début de l’assemblée ma présence à tous, pour permettre que le débat se déroule bien. Souvent, le seul fait de parler apaise déjà beaucoup les tensions. A partir du moment où les gens passent par moi, c’est qu’ils ont déjà fait l’effort de vouloir trouver une solution. MAP : Combien de temps dure le coaching ?C’est du cas par cas. Mais l’idée également c’est que, comme pour le psychiatre, le prix a un impact. Je travaille pour 300 € de l’heure. Généralement, ceux qui font appel à moi ont un budget pour deux, trois heures d’intervention, prises en charge par la copropriété. Sauf cas très exceptionnel, j’aide un groupe. Plus d’information sur : www.resolutions-coaching.com
Propos recueillis par Pauline Polgar (04/07/2007)

J'ajoute que cette activité est pour l'instant naissante au sein de mon cabinet.

Nouveaux évènements par l'International Coach Federation (antenne IDF)

Partage des dernières explorations de ROBERT DILTS : LA PNL DE TROISIÈME GÉNÉRATION, le vendredi 16 novembre 2007

organisée par : ICF FRANCE
ESPACE SAINT-MARTIN199 Bis, rue Saint-martin75003 PARIS (FRANCE)
Métro : RAMBUTEAU - ETIENNE MARCEL
PARTICIPATION FINANCIÈRE ET MODALITÉS DE PAIEMENT: Nous avons souhaité proposer un prix permettant au plus grand nombre de coachs de saisir l'opportunité de rencontrer Robert DILTS à Paris.Ce prix inclut le déjeuner, ainsi que les pauses.Tarif adhérent ICF : 160,00 Euros Tarif non adhérent : 220,00 Euros
Vous êtes intéressé(e) et non adhérent à l'ICF, contactez-moi.

Nouveaux évènements par l'International Coach Federation (antenne IDF)

Le 18 septembre de 18h00 à 21h00:

Antenne Ile de France de L’ICF France (Chapitre France de l’International Coach Federation)
Thème
Une présentation du « Tandem Coaching »
Frais de participation: adhérent ICF 20 € / non adhérents 30 €
Lieu: Maison Adèle Picot 36 rue Notre-Dame des Champs Salle Clos-Rivière 75006 Paris


En savoir +
Page Tandem Coaching
Pour s’inscrire contacter Philippe Bonargent par email : philippe@resolutions-coaching.com

jeudi 26 juillet 2007

Chronique Lettre de l'Assurance 26/07/07

Lundi 16 juillet : Bangalore. Pendant un reportage sur l’Inde, la voix off cite « Bangalore, la capitale mondiale de la saisie informatique ». Je me souviens avoir travaillé avec l’Inde dans les années 80. A l’époque, Bangalore était la capitale locale du rechapage de pneus. Il y avait souvent des tags sur les murs : « no to computers, they kill our jobs » (halte aux ordinateurs, ils prennent nos emplois). Si à l’époque on avait pratiqué quelque démocratie participative - à la mode de tous bords en France – Bangalore serait aujourd’hui aussi pauvre que lorsque je l‘ai connue.

Mardi 17 juillet : 4ème pouvoir. Toujours à la télévision, une phrase glanée « le scandale des prêtres pédophiles aux Etats-Unis a commencé en 2000 ….pour des faits qui remontent aux années 90 ». Je suis allé vérifier chez Larousse, scandale : 2- affaire malhonnête qui émeut l’opinion publique. 4- fait qui heurte la conscience, le bon sens, la morale, suscite l’émotion, la révolte. Pour le journaliste, le scandale existe lorsque les faits sont reportés au public. Pour les enfants concernés, à quand remonte-t-il ? Ainsi, le journaliste re-date l’histoire. Hommes et femmes politiques pratiquent le néologisme. Les journalistes créent des dates journalistiques. Quelle est la différence fondamentale entre 1990 et 2000 ? L’émotion, l’humain. En 1990 la victime subit. En 2000 les savants relatent.
4ème pouvoir (2) : fréquemment, en cours de journal télévisé le(a) présentateur(trice) envoie une rubrique d’infos diverses par la phrase « et maintenant, voici la première des informations de l’étranger » ou « des informations en bref … ». Notre écoute est phonétique. Je vais vous écrire ce que j’entends : « et maintenant, voici la première désinformation de l’étranger »…

Mercredi 18 juillet : Ennemis ? Petit déjeuner pour discuter avec un jeune cadre bancaire ayant titre de directeur. Le gros de sa problématique : se trouver jeune directeur au sein d’un service dont tous les membres sont plus âgés que lui et travaillent à l’ancienne. Sportif, plutôt beau garçon, il y croit, il en veut, il est malheureux et apparemment, pour la première fois de sa courte carrière -il a 32 ans- il doute de lui, il a l’impression qu’il n’y arrivera pas. Il y a deux ans, il travaillait dans une société anglo-saxonne où on appréciait sa rapidité de jugement, son respect des délais. Aujourd’hui, il doute et produit moins bien au sein d’une société française où la pyramide des âges est cintrée (beaucoup de moins de 30 ans et de plus de 50, peu d’intermédiaires)
Même jour, début de soirée. J’ai rendez-vous avec une juriste de 45 ans, travaillant dans le milieu de l’assurance. Elle se sent placardisée. Elle souffre depuis l’arrivée d’un chef de service, la trentaine, qui ne supporte pas de travailler avec de « vieux tocards », elle se demande si elle doit rester ou chercher autre chose.
Mon propos n’est pas d’indiquer ici la fin de l’histoire, seulement de m’étonner que dans des sociétés importantes, avec des services RH conséquents, on laisse souffrir des cadres. Aujourd’hui, nous les coachs sommes à même de proposer des solutions pour améliorer les conditions de travail junior/senior. Or ce qui me confond, c’est que ces deux personnes soient venues me voir à titre personnel.

Jeudi 19 : petit exercice à appliquer au retour des vacances, une fois reposé et détendu. Savez-vous témoigner de la reconnaissance à vos collaborateurs, vos collègues, vos supérieurs ? On peut penser qu’éventuellement votre habileté est croissante sur cette liste. Pourtant, il est simple et logique de penser qu’un collaborateur reconnu travaillera avec plus de plaisir et donc d’efficacité et de dévouement. Exercice de base que vous vous approprierez à votre façon plus tard, si vous en trouvez l’impact efficace. Pensez que chaque semaine vos collaborateurs devraient entendre de vous une phrase qui commence par « ce que j’aime en vous, c’est … » et ajoutez un qualificatif différent chaque fois. D’emblée, ça semble un peu simplet, mais jour après jour, vous verrez l’effet vacances se prolonger au même titre que votre bronzage maintenu par des UV ou de l’autobronzant. Et en faisant du bien à vos proches, c’est à vous que vous en faites. Le cercle est vertueux.

Vendredi 20 juillet : route des vacances. Serions nous tous schizophrènes ? Avez-vous remarqué que lorsque vous êtes piéton, vous n’appréciez pas que les voitures mordent sur un feu, fassent vrombir leur moteur, laissent imaginer qu’elles pourraient ne pas vous laisser exercer votre droit imprescriptible à être prioritaire, même lorsque le feu est vert, si vous l’avez décidé. Avez-vous remarqué, lorsque vous êtes au volant, à quel point ces piétons sont péremptoires, sans-gêne et peu respectueux de votre propre respect de la loi, car enfin, un coup d’accélérateur et tous ces coqs finissent sous vos roues. C’est le fait que je sois raisonnable et maître de mon véhicule qui me permet de ne pas écraser cet abruti qui a le culot de me toiser en plus. Dans les deux cas, on est à la fois l’autorité qui édicte les droits et devoirs de l’autre et le gamin qui les transgresse. En aucun cas, on n’est vraiment adulte, faute de respect de l’autre. Voici typiquement des rapports d’affrontement inutiles. Il est fort probable qu’au retour des vacances et avec un peu de recul, vous soyez pour quelques jours indifférent aux deux situations. Essayez de faire durer, malgré le stress et les soucis qui s’accumulent : vous serez, pendant quelques temps, le maître de votre changement.

dimanche 15 juillet 2007

Chronique Lettre de l'Assurance 10/07/07

Lundi 25 juin. Le geste d’Auguste l’afficheur. Avez-vous remarqué sur les quais du métro que lorsqu’un colleur d’affiches est à l’œuvre, la plupart des voyageurs cessent leur activité illico et l’observent. Je suis personnellement fasciné par leur adresse et la précision du geste. Mes expériences malheureuses en matière de papier peint m’incitent à penser qu’à chacun son métier. Et là : il étale la colle, puis l’affiche, maroufle. Le geste est précis et assuré, puis il utilise les instruments idoines pour nettoyer le tour de l’affiche, le sol et éventuellement le bord de banc à proximité. Tous ces gestes parfaitement exécutés, on sent que tout a été pensé. Me disant que ce regard convergent des passagers du métro est une sorte d’hommage au travail bien fait, j’en parle avec émotion avec une collègue de travail, laquelle me dit que venant de la publicité, elle adore regarder l’affiche prendre vie et qu’elle n’a pas remarqué la gestuelle de l’opérateur. Intrigué, j’en parle à une autre qui avoue avoir été attirée par les muscles du dernier colleur d’affiches. Je suppose qu’autant de questions, autant de réponses. Aussi, lorsque sur le quai d’un métro tous les regards convergent, c’est comme dans le poste de télé, chacun y prend ce qu’il veut.

Mardi 26. La télé aquarium. Je lisais récemment que la technologie LCD semble définitivement l’emporter sur le plasma, quel que soit le format. Vive donc le LCD. Et chacun d’y aller de son accrochage de la plus belle télé avec effet surround comme au cinéma. Je plains les marchands d’art, il n’y aura bientôt plus de place sur les murs. A Sienne ou à Florence, on rivalisait par la hauteur des Palais qu’on se faisait construire. Aujourd’hui, la taille de l’écran semble être un signe intérieur de richesse. Je me souviens des murs écrans inventés par Luc Besson dans le 5ème élément qui pouvaient changer la couleur et l’ambiance d’une pièce instantanément. La réalité rattrape la fiction. Ce qui me fait peur, c’est la réflexion d’un de mes amis : « au train où ça va, on ne saura bientôt plus de quel côté de l’aquarium on est ! ».

Mercredi 27. Les buffles et les lions. Sur le lien http://www.youtube.com/watch?v=LU8DDYz68kM vous trouverez une vidéo montrant un affrontement entre des lions et des buffles. Des lions … des buffles…. on connaît la chanson. Les lions se tapissent, attendent patiemment que le troupeau de buffles se rapproche. Choisissent un faible, un jeune ou un malade, lui courent après et le tuent pour le manger, pendant que les buffles survivants et majoritaires se regroupent, loin de là. Vous seriez, lecteur, en droit de vous étonner qu’on attire votre attention sur un sujet qui n’intéresse que les enfants…. et vous auriez raison de réclamer plus consistant puisque vous l’allez obtenir. Imaginez maintenant que vous cliquiez sur le lien et que vous voyiez d’abord les lions en embuscade, isolant un buffle plein d’avenir, le laissant maladroitement tomber à l’eau et l’arracher aux crocodiles pour … le manger en paix. Bon, les lions ont suivi leur instinct, récupérer une proie. Mais, et c’est là que commence la surprise, les buffles qui se sont dit qu’ils n’étaient pas des bœufs profitent de ce sauvetage pour se regrouper. Puis se rapprocher, sûrs d’eux, pas vraiment agressifs, formant un véritable mur de buffles en mouvement. Il vont se rapprocher des lions jusqu’à ce qu’ils s’enfuient les uns après les autres, jusqu’au dernier. Un seul buffle mourait assurément. Un mur de buffles met une troupe de lions en fuite. Ils sont déterminés. Ils bravent le danger. Ils deviennent téméraires et exaltés. Une seule condition : être collectivement sûrs de leur solidarité. Ils le ressentent suffisamment pour dépasser leur peur…. et pourtant, ils n’ont pas de coach….


Jeudi 28. Verdi ou Vivaldi. Ancienne actrice lyrique, Emma participe à un groupe de théatre. Nous entendons une soprano. Un de mes voisins demande à l’hôte si c’est bien du Verdi qu’elle chante. Et Emma de regarder l’imprudent. « si tu ne sais pas distinguer des compositeurs sur un siècle de distance !!! ». Question ouverte, réponse enfermante. Curiosité, audace, interdiction du droit à l’erreur. On pourrait imaginer un autre scénario. Un homme et une femme apprennent l’un de l’autre avec respect et plaisir. C’est de la communication. Ici, l’homme s’est senti rejeté et ne reposera plus de question, à cette femme certainement, à qui que ce soit peut-être. La femme aurait pu renseigner et transmettre ses connaissances et sans doute se sentir moins seule. Au lieu de cela, l’impression fugitive d’avoir brillé quelques secondes laisse la place à une immense lassitude. Finalement, ç’aurait pu être rattrapé. Un mot gentil, quelque chose. Mais lorsqu’on en est là, même si ce n’est pas rationnel, on préfère ne pas rattraper ses erreurs.

mardi 10 juillet 2007

Chronique dans la lettre de l'assurance 27/06

Lundi 18 juin. Les études américaines dont on peut penser que les résultats ne sont pas éloignés des nôtres convergent sur le fait que la résolution de conflits prend environ 20% du temps de travail d’un cadre. En tant que coach travaillant essentiellement avec des cadres et membres de professions libérales, j’atteste. Et en rajoute : un conflit bien résolu permet de gagner du temps et de la cohésion.
Nous connaissons tous ce truc des couples un peu fatigués : après une vraie dispute, les étreintes sont plus toniques. Cela me semble supposer quelques conditions : avoir l’esprit dégagé de tout ressentiment, ce qui suppose d’être allés jusqu’au bout de la dispute ; avoir la perspective d’avoir un bout de chemin à faire ensemble et pouvoir trouver là matière à se dépasser ; savoir se protéger et protéger l’autre. On arrive à l’acquérir dans sa vie privée. On doit pouvoir l’atteindre dans sa vie professionnelle pour laquelle les enjeux sont différents.
J’ai accompagné un groupe de cadres au sein d’une PME la semaine passée. Alors que tout semblait positif et stimulant, deux femmes d’âges opposés et de cultures différentes (latine pour la senior et anglo-saxone pour la junior) se prennent soudain le bec. Un ancien réflexe m’eût conduit à m’inquiéter. Je sentais que l’altercation gâchait le plaisir de la DRH qui jusque là était ravie d’avoir choisi un coach pour améliorer le comportement managérial de ses équipes. Les autres participants étaient également mal à l’aise.
Pourtant, il me suffit d’organiser la parole des belligérantes pour résoudre notre affaire. « Elena, je te donne une minute pour exprimer ton ressenti…merci à toi ». Et réciproquement. Deux navettes plus tard, la rage est rentrée. Puis je demande à chacune d’expliquer ce qui vient de se passer. Cette invitation à porter un regard extérieur est le moment où le conflit va passer de la gêne à l’état de moteur.
Bénéfice : mes stagiaires ont compris que le conflit n’était pas la fin du monde et qu’ils étaient maintenant à même d’en faire quelque chose. La DRH a l’intention de continuer à travailler avec moi. On va enfin pouvoir utiliser les nombreuses vertus de la bienveillance. Merci à ce conflit.

Mardi 19. La queue à la FNAC. Queue américaine, monofile et serpentine. L’esprit badin et dégagé, l’ouvrage de Michel Giffard (mon superviseur) et Michel Moral « coaching d’équipe »[1] à la main, j’avance lentement. Et sens que la personne derrière moi ne respecte pas mon cercle d’intimité. Je sens presque son souffle sur mon cou. C’est scandaleux. J’use alors de subterfuges, fais mine d’avancer et me bloque, avance et m’arrête brusquement. A chaque manœuvre l’intrus est confondu, démasqué, mais rien n’y fait. Toujours sur mes talons. C’est bientôt mon tour de passer. Je décide alors de me retourner, préparant mon regard le plus méprisant. Et aperçois alors …. cette très belle personne qu’on rêve tous de rencontrer un jour. C’était mon jour et je l’ai stupidement gâché. S’il devait y avoir une morale à cette histoire : toujours jeter un œil interrogatif sur une situation avant d’agir.
[1] Editions Armand Colin

Mercredi 20. Un client me demande de l’aider à corriger certains défauts. En fin de séance, il décide de consacrer son temps à l’amélioration de ses points forts.

Jeudi 22. J’ai commencé à travailler alors que le téléphone portable n’existait pas, ni le fax, ni l’utilisation domestique de l’informatique. On utilisait le télex, le courrier sur IBM à boule et le téléphone fixe. La moindre erreur d’orthographe obligeait à ré-écrire intégralement sa copie. Le supérieur hiérarchique dictait, donnait ses notes ou enregistrait le courrier. On prenait son temps. On réfléchissait. Se lamenter et regretter ce bon vieux temps ne sert à rien. L’époque a changé. Aujourd’hui, Nick Leeson de la banque Bearings à Hong Kong est en mesure de la couler, par la vitesse de ses décisions et un certain génie informatique qui lui permet de dissimuler provisoirement ses turpitudes. J’ai vu à la télévision le Prince Al Walid, 8è fortune mondiale prendre sur réception d’un texto une décision l’engageant sur des milliards de dollars en moins de 10 secondes, c'est-à-dire entre deux questions du journaliste. Il est fort possible que ce moment soit la fin d’un processus de réflexion chez lui, mais il est fascinant qu’un simple oui ou non puisse engager autant de monde autour de lui en un si bref délai. Tout cadre est aujourd’hui en mesure de prendre une décision aussi rapide, parfois conduit à le faire. Entre ces deux époques, trouvez-vous que la réflexion sur le stress ait autant évolué ?

Chronique dans la lettre de l'assurance 13/06

Lundi 28 : traitement administratif. RAS.

Mardi 29 : croisé dans la rue un camarade de fac. Je travaille dans l’assurance … Revoyant ma jeunesse, je me disais que l’assurance est à peu près le seul secteur qui ne fasse pas rêver. Quand on est jeune et qu’on nous demande ce qu’on veut faire, il y a quelques métiers qui ne sortent pas du chapeau. Notaire et assureur en font partie. On peut penser que pour le notaire, c’est un problème de complexité conceptuelle et de rareté numérique. Les assureurs, vous voyez une explication, vous ?

Mercredi 30 : chez un client (mutuelle moyenne en province). Le tout nouveau DRH me tient un discours enthousiasmant. « tu sais, mon père était syndicaliste. Il n’était pas tendre avec la direction et il avait raison. Je garde ça au fond de moi, c’est important » D’emblée, je me réjouis, me disant qu’avec ce garçon il n’y aura pas d’entourloupe. En même temps, je le vois souffler comme un bœuf en me racontant cela. Je ressens quelque chose d’étrange.
Le soir, avant que je parte, il revient me voir. « j’ai appris que tu coachais Francis ! » Là, je me mets directement sur mes gardes. Le « j’ai appris » me laisse entendre que la suite va être fastidieuse. En effet : « tu sais on va le virer, alors c’est pas la peine de lui consacrer plus d’argent. Et puis, on n’a pas de dossier, aussi, j’ai pensé que tu pourrais faire un rapport pour nous aider ». A ce point là, c’est la première fois. « tu sais que ta demande heurte ma déontologie et ma façon de travailler » Réponse du tac au tac « écoute c’est pas trop grave. Tu dois choisir ton camp. Si tu ne m’aides pas, ta déontologie et ta façon de travailler ne s’exprimeront plus chez nous ». Je prends mon regard hautain, voire éberlué et m’en vais. J’ai eu l’occasion de retravailler une journée avec eux. J’avais commencé un travail avec Francis et son service qui pouvait donner un bon résultat. Son successeur m’a d’ailleurs appelé à plusieurs occasions pour partager mon sentiment.
Bilan : Francis parti, le service se remet, son remplaçant est compétent, mais il doit m’appeler pour prendre en mains correctement son équipe.
Certes, des gens comme ça ne font pas rêver. Mais, c’est un cas plutôt isolé.

Jeudi 31: rencontre avec le directeur développement d’un groupe important. Je lui ai été présenté par un de mes clients. Il souhaite se faire coacher. Il m’interroge sur les conditions, la façon. Il est un peu intrépide. Je lui explique que sa démarche fait partie d’un tout. Il l’accepte. Pour lui c’est important. J’aborde la question des honoraires et lui demande si je dois me faire référencer. Je lis un trouble sur son visage. Il ne sait comment s’y prendre. « je ne souhaite pas que cela se sache. Je vous passerai en note de frais ». Est-il si difficile de dire qu’on cherche à s’améliorer. Aux Etats-Unis, ce sont les salariés des entreprises qui, bien payés, s’offrent un coaching et sont fiers de le faire savoir à leurs collègues. A-t-on honte de voir un coach ou se sent on rabaissé d’avouer une faiblesse. On est loin du management par la bienveillance[1]
[1] La Stratégie de la bienveillance Juliette TOURNAND InterEditions

Vendredi 1 : dans une école de commerce où je fais quelques vacations, un chasseur de tête ami prend de mes nouvelles. Je suis un peu gêné vis-à-vis de lui puisque la dernière fois que je l’ai vu, je ne l’ai pas reconnu. Il venait de perdre ses cheveux. Cancer de la prostate. Je suis passé devant lui et il a fallu qu’il m’appelle pour que je le remarque. Il me connaît assez pour m’avoir dit à l’époque : « ça fait mal ». Ses cheveux ont repoussé. Il se porte bien. Le hasard de la conversation nous fait parler des dérives chez certains clients. Il est plus radical que moi avec les RH. Pour lui, la pression les force à choisir un camp. Je ne le suis pas. J’évoque des cas isolés, lui narre ma mésaventure de mercredi. Je lui cite le nom du DRH. Lui : « je le connais, c’est un enfoiré ». Je suis rassuré, c’est bien un cas isolé. J’ai maintenant avalé moralement la perte de chiffre d’affaires qu’il a occasionnée. J’ai appris depuis qu’il avait trouvé un nouveau coach « qui sait prendre parti !». Grand bien lui fasse.

WE 2 & 3 : NYC avec mes enfants qui sont bi-nationales. Nous passons devant des fumeurs français sur l’avenue of the americas, en bas de l’immeuble AXA, installés en bas d’un immeuble affichant un panneau « definitively, don’t smoke in front of this lobby ». Ils disent qu’en France, côté cigarette, on est moins draconien. S’ils savaient à quelle vitesse nous nous adaptons…..