vendredi 28 septembre 2007

Chronique Lettre de l'Assurance 27/09/07

« CE N’EST PAS UNE IMAGE JUSTE, C’EST JUSTE UNE IMAGE [1]».

12 millions c’est le nombre d’abonnés mondiaux, à ce jour, à la télévision sur téléphone portable. Diable, j’imagine mes longs bras de quinqua éloignant de mes yeux le petit écran pour y distinguer des athlètes, comédiens ou chanteurs. Et je crains que la marionnette qui incarne PPDA aux Guignols avec son « Vous regardez trop la télé, bonsoir » ait perdu son combat. On va devoir accepter l’image ex-cathodique tant au bureau que dans les transports. Regardez les textos, on s’y est tous mis. Le seul doute porte sur le délai d’intégration de la chose. Progrès ? Ca n’est pas dit. Je n’ai jamais entendu qu’on ne regarde pas assez la télé.

L’image dans l’image pourtant les gens de télévision ne nous facilitent pas la tâche. Je viens de faire allusion à la taille de l’image sur petit écran. Mais avez-vous aussi remarqué cette tendance à l’incrustation de l’image ou du texte dans l’image. Ca a commencé par les chaînes d’information. Pendant que le journaliste nous livre ses commentaires, les dépêches défilent. En ce qui me concerne, je ne m’y suis jamais habitué et me demande si je dois tenter de tout suivre ou sélectionner et m’y tenir. Il est rare que j’arrive au bon choix. Puis il y a eu les talk-shows, Fogiel par exemple fait défiler des sms de téléspectateurs, après un tri maison. En principe, j’écoute l’invité. Soudain, le public rit. L’invité et moi-même sommes surpris et nous interrogeons sur la subtile origine de cette subite hilarité. Le dessin, le texto ? Parfois Fogiel pense à nous livrer l’explication. Parfois il oublie. En ce qui me concerne, depuis mon salon, ce n’est pas grave. Mais l’invité : soit on lui donne l’explication et, sachant que le public a ri, il ne peut que rire à son tour, quoi qu’il ait appris sur lui-même. Soit il ne la reçoit pas et doit pourtant continuer son pitch. Dans les deux cas, il perd le contrôle de son image dans l’image.

Cyclothymie de l’image ça me fait un peu penser à ce qui se passe lorsque déjeunant avec quelqu’un, on le voit répondre au téléphone. L’interlocuteur change d’humeur sous vos yeux, et perd le fil d’une conversation qu’il vous reste à porter seul sur vos épaules. En effet, soit vous vous en souvenez, la résumez et voyez dans son « ah oui !» condescendant un ressenti de futilité, soit vous l’avez oubliée ce qui prouve qu’elle n’était pas intéressante. Un appel inopiné, c’est votre image qui se transforme aux yeux de votre interlocuteur sans que vous y ayez participé.

A retenir si vous vous apprêtez à faire un long discours l’image est un élément essentiel de la communication non verbale qui elle-même est l’élément principal de la communication. Albert Mahrabian[2] écrivait en 1972 que 7% de la communication s’exprime par les mots, 38% par le timbre de la voix et … 55% par le langage non verbal du corps.

Image fatale ? Les 2 finalistes de la présidentielle ont travaillé leur image. Travail personnel pour obtenir un teint idéal en permanence, choisir des tenues de circonstance, des postures adéquates. Travail collectif : conseillers divers, complicité avec les medias, lissage des images communément admis. Le vainqueur véhiculait il la meilleure image ? Il serait présomptueux de répondre à cette question, en revanche, une erreur d’image eût pu être fatale à l’un ou l’autre.

Image vide ? Paris, l’héritière du groupe Hilton s’est forgée une image mondiale, symbole pour certains de la réussite financière ou sociale, pour d’autres de la vacuité – elle ne produit rien, pour d’autres encore sulfureuse – ainsi, son grand-père l’aurait déshéritée.

Le roi des images le 7 novembre prochain l’ex publicitaire mondial, Charles Saatchi ouvrira son musée à Londres. Il est déjà propriétaire de la Saatchi gallery http://www.saatchi-gallery.co.uk/ l’un des plus grands sites consacrés à l’art marchand. Charles Saatchi est un grand collectionneur d’art moderne en général, chinois en particulier. Charles Saatchi a bâti sa fortune en vendant de l’image. Aujourd’hui, il vend des images d’une manière qu’il affirme désintéressée.

Répulsion ? L'image peut également être un élément essentiel dans la prise de décision. Ainsi, dans la revue Enjeux Les Echos du mois de septembre, le psychiatre Eric Albert montre l'importance de l'image des dirigeants, analysant la fronde des journalistes des Echos face à la proposition de rachat par Bernard Arnault. Le milliardaire leur présentait son bilan - mes actes parlent pour moi, les journalistes répondaient par le refus de l'image qu'il véhicule.


Le coach et l'image Mes consoeurs et confrères relookers font un excellent travail sur l'appropriation de l'image. Chacun d'entre nous, sortant de chez son coiffeur, connaît le plaisir qu'apporte un changement. Souvent dans les équipes de media-training, il y a un coach. Mais surtout, la position essentielle d'un coach vis-à-vis de son client, c'est d'être … son miroir.


Philippe Bonargent - Coach
philippe@resolutions-coaching.com


NB: Images d'Epinal
Pendant l'été, Jean-Christophe Ruffin était nommé ambassadeur de France à Dakar, la mairie de Paris mettait au service des touristes 156 ambassadeurs de l'accueil et la commune de Roquefort les Pins (Alpes Maritimes) invitait les administrés pris d'un doute sur le tri sélectif à contacter Monsieur B, "ambassadeur du tri".


[1] La formule est de Godard
[2] Non-verbal communication. Chicago: Aldine