vendredi 23 novembre 2012

Et si on regardait autrement ...


L’Afrique se mobilise pour secourir les norvégiens qui meurent de froid

Africa for Norway
C'est le monde à l'envers. Depuis vendredi 16 novembre dernier, Radi-Aid, Africa for Norway est LA parodie vidéo à ne pas louper sur le net. On y voit des africains se mobiliser pour envoyer de vieux radiateurs en Norvège, où les enfants meurent de froid dans des conditions climatiques atroces liées aux hivers rigoureux.
Lancée par des étudiants norvégiens et le Fond Academique d'aide internationale (SAIH), cette campagne de sensibilisation prend à rebrousse poil les collectes de fonds qui reposent sur les clichés misérabilistes et stigmatisants.

Le froid glacial tue aussi

Dans la vidéo suivante, la satire est plus que réussie : l'angle choisi pour dénoncer les clichés généralement utilisés dans les pays du nord pour venir en aide aux pays du sud donne lieu à un effet miroir à la fois drôle et grinçant.
Comme vous pouvez le voir, tout y est : images chocs, slogans motivants et THE chanson destinée à rallier le plus grand nombre de donateurs. Ainsi que le souligne YouPhil, "Les slogans repris par la fausse chorale Radi-Aid (référence au groupe Band Aid qui venait en aide aux victimes de la famine de 1984 en Ethiopie) sont aussi ridicules qu'hilarants".
Et c'est justement pour casser cette conception quelque peu simpliste que le SAIH a lancé cette vidéo. Le vice-président du fond, Nicklas Søsted Poulsen, détaille l'ambition de la campagne: "la Norvège est, certes, un pays froid, mais la majorité des Norvégiens n'aimeraient pas, à mon avis, que leur pays soit connu uniquement pour cela. Je crois qu'on peut dire qu'il se passe la même chose pour les pays africains. Nous voulons casser les stéréotypes que les gens ont sur l'Afrique".

Pari réussi

radi aidAvec ce site, le SAIH défend quatre idées fondamentales :
  • On peut collecter des fonds sans avoir recours à des stéréotypes (images tristes ou accentuant un trait à l'extrême, au point de fournir une image éloignée de la réalité, voir totalement fausse)
  • Il est nécessaire de délivrer une meilleure information dans les écoles, à la télévision et dans l'ensemble des médias. Pourquoi focaliser l'attention sur les crises, la pauvreté, la famine et le sida? Pourquoi ne pas parler, aussi, de ce qui marche ? Ou communiquer plus largement sur la façon dont les pays du nord entretiennent certaines relations de dépendance... non ?
  • Les médias doivent être plus respectueux et plus éthiques dans la façon dont ils traitent l'information liée aux pays les plus pauvres: se permettent-ils de diffuser des photos de bébés occidentaux souffrant de famine sans l'autorisation des parents ?
  • L'aide doit répondre à de vrais besoin, la "bonne" intention ne suffit pas. Elle doit surtout être apportée en parallèle de processus d'investissement et de coopération.
Vu la vitesse avec laquelle la vidéo se diffuse sur la toile (voir la page Facebook), tout porte à croire que le message est entendu. Qu'attendez-vous maintenant pour aider les Africains à secourir la Norvège!? ;)
+ A lire: "Fundraising et stéréotypes", sur le blog de Barbara Blay
Anne-Sophie Novel / @SoAnn sur twitter

mardi 9 octobre 2012

Crise économique ... des idées


Rue 89 
lE GRAND ENTRETIEN
06/10/2012 à 11h20

Birgitta Jonsdottir : « L’Islande peut être le laboratoire de la démocratie »
Pascal Riché | Redchef 

Birgitta Jonsdottir était de toutes les manifs qui ont fait chuter le pouvoir précédent. Elue, elle promeut la mobilisation « online » pour « exploiter les failles du système ».


(De Reykjavik) Chômage en baisse rapide, croissance qui accélère... L’Islande se remet plutôt bien de la crise financière qui l’a mise à terre en 2008 : ses trois banques s’étaient effondrées, la couronne avait plongé, le PIB avait chuté de plus de 10% pendant deux ans.
Les Islandais ont vite repris leur destin en main, forçant la chute du gouvernement (dominé par la droite), élisant un gouvernement de centre-gauche et mettant sur les rails un nouveau texte constitutionnel, selon un processus original. Le 20 octobre, ils sont invités à voter sur certains points clés de cette réforme constitutionnelle.
Derrière plusieurs des récentes initiatives démocratiques islandaises, on retrouve une femme hors du commun : Birgitta Jonsdottir, 45 ans, se définit comme une « anarchiste pratique », « poéticienne plus que politicienne ».
Elle était de toutes les manifestations pour faire tomber le gouvernement conservateur, considéré comme responsable de la crise. Elle s’est ensuite fait élire au parlement, sous l’étiquette du Mouvement, un nouveau parti qui se vante de n’avoir aucun « membre », juste une liste d’e-mails. Une fois élue, Birgitta Jonsdottir a poussé le processus constitutionnel et fait adopter une loi poussant très loin la liberté d’information, l’Initiative islandaise pour la modernisation des médias, (1) qui l’a rendue célèbre dans le monde entier.
Elle a également défendu  la cause de WikiLeaks, dont elle a été la porte-parole. La justice américaine a ordonné à Twitter de livrer aux autorités le contenu de ses échanges, dans le cadre de l’enquête ouverte sur la fuite des télégrammes diplomatiques américains. Aujourd’hui, Birgitta Jonsdottir tente de lancer en Islande un Parti des pirates.
Nous l’avons rencontrée dans son bureau du parlement (« Althing »), aux murs couverts d’articles et d’affiches liés à ses aventures militantes. L’interview s’est poursuivie dans le café Paris, en face du parlement, de l’autre côté de la place où s’étaient déroulées les manifestations fatidiques de janvier 2009.
Rue89 : Je sors d’une conversation avec un marin, qui a tout perdu avec la crise : son appartement, son boulot, sa femme. Il est en colère, y compris contre l’actuel gouvernement...

Birgitta Jonsdottir : C’est le destin des gouvernements de gauche de nettoyer le bordel laissé par les gouvernements de droite, puis d’être l’objet de toutes les critiques. Je dis cela alors que je ne participe pas à ce gouvernement et que je ne suis même pas « de gauche » – je ne vois pas la politique en termes de gauche et de droite.
Le problème du gouvernement, c’est qu’il n’est pas simple de reconstruire sur un terrain pourri. Il ne faut pas chercher à ressusciter l’ancien système, il faut en construire un nouveau. Prenez ce qui se passe en Europe : ils essayent de faire fonctionner un système qui est complètement « dysfonctionnel ». Cela ne peut qu’empirer, parce qu’ils ne veulent pas le reconnaître.
En Islande, nous avons un avantage : la bureaucratie est très légère, et nous avons la possibilité de changer les lois rapidement. L’Islande peut être le laboratoire de la démocratie. Nous sommes en tout cas perçus comme tel par beaucoup de gens, qui suivent avec espoir ce que nous entreprenons.
Mais il faudrait dissiper chez eux certaines illusions. Par exemple, si vos banques n’ont pas été sauvées, ce n’était pas vraiment un choix assumé...

Les bonnes formules sont parfois imposées par les circonstances. Pour ce qui est des banques, le fait de les laisser tomber n’était pas volontaire. C’est arrivé uniquement parce que le gouvernement n’a pas trouvé d’argent pour les sauver : aucun autre pays n’a alors voulu lui en prêter. Cela a mis en colère beaucoup de gens, mais en réalité, ce fut la meilleure chose qui puisse nous arriver. Aujourd’hui, des gens mettent la liquidation des banques au crédit du gouvernement d’alors, mais c’est un mythe.

Quelles sont les idées experimentées dans le « laboratoire » islandais qui pourraient être utiles dans de plus grands pays, comme la Grèce, l’Espagne ou la France ?

Chaque pays doit trouver ses propres formules pour agir. Mais vous pouvez vous inspirer des méthodes d’action que nous utilisons. Une de ces méthodes, par exemple, c’est de chercher à exploiter les failles du système. C’est ainsi que nous avons stoppé Icesave [les Islandais ont refusé, par réferendum de rembourser les gouvernements britanniques et néerlandais pour les pertes des épargnants ayant confié leurs économies à la banque en ligne islandaise Icesave, une filiale de Landsbanki, ndlr]. Le président d’Islande a déclaré qu’il ne pouvait pas signer une loi s’il y avait un fossé trop important entre le parlement et le peuple. Il nous suffisait alors de réunir une pétition démontrant l’existence de ce fossé. C’est ainsi qu’il a dû soumettre l’accord Icesave au référendum, à deux reprises. Et que le peuple l’a rejeté deux fois. C’est ce genre d’outil légal qui peut être exploité : dans chaque pays, il faut les chercher.
Autre exemple : en dépit de toutes les promesses des partis, il n’y avait pas eu de changement de Constitution. Aujourd’hui, le processus est en marche. Certains partis nient le fait que l’initiative soit venue du peuple, mais je peux vous dire que c’est bien le cas : j’ai participé à toutes les manifestations, depuis la toute première, où nous étions une dizaine, juste après le krach : il y avait plus de journalistes étrangers que de manifestants. J’ai suivi tout le processus, et je connais l’esprit de cette réforme : il s’agit de créer une vraie séparation des pouvoirs, d’empêcher les élus d’agir dans leur propre intérêt, de protéger les ressources naturelles...
Cela fait longtemps que l’on parle ici de changer une Constitution léguée par le roi du Danemark...
On en parlait entre universitaires et politiciens, mais c’est la crise qui a permis d’agir. Les gens, avant, s’en fichaient un peu. Ils ne connaissaient même pas la Constitution : personne n’en possédait le texte à la maison. Mais ils ont compris qu’on avait vraiment besoin d’une telle réforme. Et la façon dont nous avons mené le processus constitutionnel est formidable. J’en suis si fière ! La Première ministre, il faut lui faire ce crédit, s’y est énormément investie.
Est-ce que les propositions sont vraiment venues des Islandais, comme on l’a dit ? Une réforme constitutionnelle « participative » et « online » ?
Beaucoup de gens ont proposé des amendements via Facebook ou par e-mail. Le processus était entièrement ouvert. Il y a eu d’abord un forum, avec près de 1 000 participants. Et quand 1 000 personnes participent, vous arrivez à saisir l’esprit d’une nation. Le parlement, lui, avait été incapable de conduire cette révision, car trop de politique entrait en jeu.
Cette réforme représente un petit pas vers la démocratie directe. Mais il y a encore de gros trolls sur le chemin. L’un de ces plus gros trolls est le Parti de l’indépendance [conservateur, ndlr] qui souhaite faire dérailler le processus. A l’écouter, laisser le peuple décider de sa Constitution serait inconstitutionnel !
LE MARIAGE GAY EN ISLANDE
L’Islande est le neuvième pays à avoir accepté le mariage homosexuel. Une loi a été votée en ce sens le 11 juin 2010, à l’unanimité des parlementaires. La Première ministre Johanna Sigurdardóttir a alors transformé en mariage le contrat d’union civil qui la liait à sa partenaire.
Si l’Islande peut jouer le rôle de laboratoire, c’est parce que nous sommes un microcosme : nous avons toutes les institutions d’un pays, mais nous sommes petits et nous pouvons atteindre plus rapidement, en mobilisant les citoyens, la masse critique nécessaire pour forcer des changements. Prenez par exemple l’histoire du long combat des homosexuels en Islande. J’ai des amis qui ont choisi d’émigrer parce qu’il leur était difficile de vivre ici. Aujourd’hui, c’est tellement bien accepté que la Première ministre est ouvertement gay, sans que cela ne soit plus commenté par personne. Tout le monde s’en fiche. Ce fut un long combat, avec des petits pas, mais tout à coup, clac, c’était un problème réglé. Les changements peuvent survenir très vite, car le nombre de gens à convaincre est réduit en Islande.
Les réformes sont-elles donc impossibles dans des pays très peuplés ?
Non, je ne les pense pas impossibles. Vous pouvez dans ces pays vous appuyer sur des communautés moins larges que la nation, par exemple.
L’une des raisons des grandes manifestations que vous connaissez en France, par exemple contre le nouveau traité européen, c’est que les gens comprennent que le système ne nous sert plus : il se sert lui-même. Et cette conviction se propage sur Internet, d’une personne à l’autre, grâce aux réseaux sociaux. Le système est devenu trop gros et il ne peut plus bouger. Regardez l’administration de la Commission européenne : 40 000 personnes, impossibles à licencier, payant des impôts très réduits. Notre démocratie a été détournée par des bureaucrates. Où sont dans cette machine les gens ordinaires ? Qui porte la voix des agriculteurs ? Des infirmières ? Des personnes âgées ?
Si l’on prend conscience de ces dérives, la transformation est possible. Nous en donnons l’exemple en Islande. Mais la taille des pays n’est pas un problème : vous pouvez aussi atteindre la masse critique dans vos pays. Et dans ce monde global, où l’information circule, vous pouvez donner l’exemple. Chacun s’observe et échange les expériences : regardez ce qu’ils ont fait en France. Ou en Egypte. Ou aux Etats-Unis...
Car personne ne veut vivre comme un esclave salarié, personne ne veut que l’avenir de ses enfants soit impossible. Personne ne peut accepter que de grands groupes comme Monsanto aient des brevets sur ce qui est dans notre panier de courses... C’est pourquoi des gens se bougent, sous diverses formes : le mouvement « Occupy », les Pirates, les Anonymous...
Le bon échelon, pour transformer la société, ce sont les villes ?

Oui, dans les villes, dans les quartiers, on peut faire beaucoup de choses. Ici, nous avons ainsi fait l’expérience du « meilleur Reykjavik » [une plateforme participative en ligne permettant aux citoyens de suggérer des réformes à la municipalité, ndlr]. Les cinq meilleures idées ou demandes sont examinées chaque mois, et débouchent parfois sur ces décisions. C’est une expérience brillante, même si le nombre de personnes qui utilisent la plateforme reste encore trop réduit (je suis la deuxième contributrice !) J’ai proposé qu’un pour cent du budget soit réservé par la ville aux propositions issues de cette plateforme.
Je viens d’un petit village d’environ 800 personnes, Thorlákshöfn. Tout le monde y avait un rôle, chacun participait à la communauté. Une fois arrivé en ville, vous êtes déconnecté : vous n’avez plus de rôle, vous pouvez ne jamais connaître vos voisins, vous pouvez ne jamais participer à la communauté. Il faut changer cela aujourd’hui, c’est important compte tenu des menaces qui pèsent sur l’environnement, sur la sécurité alimentaire, etc. Il faut regagner le contrôle de nos vies. On peut agir en développant les initiatives collectives. Exemple tout bête : pourquoi aurait-on besoin d’une tondeuse à gazon dans chaque maison ? Grâce à Internet, agir ensemble n’est plus une utopie.

Internet et les nouveaux outils technologiques suffisent-ils pour recréer de telles communautés ?

Ces outils permettent à des gens deconnectés les uns des autres de se retrouver, de découvrir des idées, de les partager. Des communautés se forment en ligne. La question, c’est comment passer des communautés « online » aux communautés « offline ». Mais cela commence à se produire. Regardez les manifestations qui ont eu lieu en Islande [et qui ont conduit à la chute du gouvernement en janvier 2009, ndlr]. Un groupe de gens a commencé à prendre des casseroles pour faire du bruit, cela s’est répandu sur Facebook, le mouvement a grossi.
Le temps que je ne passe pas sur mon travail parlementaire, je le consacre à mes communautés, à ma vraie résidence qui est sur Internet. Mais quand les gens comprendront qu’on peut bâtir ces communautés non seulement online mais aussi dans le monde réel, un vrai changement sera possible.
Pourquoi dites-vous que votre « vraie résidence » est sur Internet ?
Beaucoup n’ont pas conscience que leur vraie résidence est sur Internet. J’ai ainsi la même adresse e-mail depuis 1995 – je n’ai jamais eu une adresse aussi longtemps dans le monde réel. Toutes mes informations personnelles, secrètes, sont sur Internet. Toutes les traces que j’ai laissées, tous mes voyages, mes communications avec d’autres gens... Il faut prendre conscience de cela, de l’importance qu’occupe notre vie en ligne, de l’importance prise par cet espace qui permet des échanges libres et la diffusion d’idées. Il faut prendre garde à ce que les entreprises et les gouvernements n’en abusent pas, à ce que nos principes continuent à s’appliquer.
Prenez le principe du partage par exemple. Autrefois, je partageais des livres, des chansons avec mes amis. Je pouvais enregistrer des musiques. Je faisais ce que je voulais de mon livre : je pouvais le laisser sur cette banquette, pour qu’il soit lu par quelqu’un d’autre, par exemple. Mais aujourd’hui, s’ils le veulent, ils peuvent autoritairement retirer tous vos e-books de l’étagère !
On ne peut même pas léguer à ses enfants le contenu de sa liseuse ou de son MP3.
Exactement. Nous dormons, nous avons renoncé à tant de droits...
Et si l’on assiste à une telle explosion militante pour une meilleure gouvernance, c’est parce que les gens sont connectés. Une communauté globale se dresse face aux marchés sans frontières, aux grandes entreprises sans frontières, aux tentatives sans fontières d’empêcher les médias de raconter ce qui se passe réellement... Rendez vous compte : ils ont [l’armée US, en septembre 2012, ndlr] qualifié WikiLeaks, une plate-forme visant à informer, « d’ennemi d’Etat », quand ce n’est pas de « terroristes » [Joe Biden, en décembre 2010, ndlr]. C’est hallucinant.
Aujourd’hui, dans les journaux, il y a plus de gens travaillant dans les services juridiques que de journalistes d’investigation. Ce n’est pas normal. Nous avons, en Islande, adopté l’Initiative islandaise pour la Modernisation des médias [Birgitta Jonsdottir en est à l’initiative, ndlr]. Le but premier n’était pas, comme on l’a dit, de bâtir un « havre » pour les médias internationaux, mais de permettre aux médias locaux de mieux informer et de protéger les lanceurs d’alerte. En Grande-Bretagne, il y a aujourd’hui tellement de règlements de conflits hors tribunaux assortis de « gag order » « [injonction interdisant à la presse d’évoquer l’affaire, ndlr] que de nombreuses informations sont cachées au public... Et ces informations interdites concernent souvent des grandes entreprises...
Quelles sont les avancées contenues dans la réforme de la Constitution ?
LE PROCESSUS CONSTITUTIONNEL
6 novembre 2010  : Forum constitutionnel : pendant une journée, 950 citoyens tirés au sort dressent, par tables de 10, les valeurs fondamentales de l’Islande.
30 novembre 2010 : 25 citoyens sont élus, sur 522 candidats, pour former l’assemblée constituante (l’élection sera invalidée par la Cour suprême pour des raisons techniques, mais continuera son travail à titre consultatif). Les citoyens sont consultés par Internet.
20 octobre 2012 : consultation par référendum des citoyens sur le projet de Constitution.
Le parlement devra voter une première fois le texte, puis le revoter, sans changement, après les prochaines élections, en 2013.
J’ai évoqué la séparation des pouvoirs et le fait que les ressources naturelles, qui sont au cœur de l’économie islandaise, appartiennent au peuple. Autre avancée : la possibilité de provoquer un référendum à l’initiative d’une partie de la population, j’espère pas plus de 10%. Enfin, la liberté de l’information sera aussi intégrée dans la Constitution, et tout refus de donner des informations, de la part de l’administration, devra être motivé...
Le 20 octobre, les Islandais seront invités à voter sur certains points de cette réforme. Vous attendez-vous à une forte participation ?

Oui, et il faut que le taux de participation soit le plus élevé possible, car la réforme doit ensuite passer l’épreuve du parlement, où des gens sont en embuscade. Le Parti de l’indépendance ou le Parti du progrès [les deux partis de droite, ndlr] peuvent encore faire dérailler le processus si la participation est faible.

Ce n’est pas gagné, si on considère le très faible taux de participation lors de l’élection des membres de l’assemblée constitutionnelle, de l’ordre de 30%...

C’est différent : il s’agissait de désigner 25 personnes sur une liste de 522 candidats. On n’avait pas prévu que tant de gens seraient candidats. Les électeurs se sont découragés à l’idée de lire 522 CV. Les médias ont répété que c’était compliqué, sans préciser que les électeurs n’étaient pas obligés de désigner 25 candidats : ils pouvaient aussi voter pour une seule personne. Je m’attends donc à bien plus de votants cette fois. J’espère qu’on dépassera 70%. Si c’est moins, je serai très déçue par ma nation. Et si c’est moins de 50%, je songerai sérieusement à quitter le pays.

Mais, pendant une crise, quand vous avez des problèmes financiers, des problèmes d’emploi, la réforme des institutions n’est pas vraiment une priorité...

Je connais l’argument. J’ai vécu dans ma vie, la plupart du temps, sous le seuil de pauvreté. J’ai fait ce choix parce que je suis une mère indépendante, et que j’ai préféré travailler de chez moi et m’occuper sérieusement de mes enfants. Il m’est arrivé de faire la queue à la soupe populaire. Mais même dans ces périodes, j’ai toujours essayé de m’impliquer dans la société. Je savais que si je ne faisais rien pour essayer d’agir sur la réalité, je ne connaîtrais jamais la société dans laquelle je souhaite vivre. Personne ne le fera pour moi.
Les femmes qui se sont battues pour leurs droits, avaient-elles l’assiette toujours pleine ? Ceux qui se sont battus pour les droits syndicaux, cherchaient-ils une augmentation de salaire ? Non, ils cherchaient à changer la société ! Ce qui me rend malade, c’est que quand nous avons commencé à manifester [fin 2008 ndlr], il y avait plus de gens dans le centre commercial que sur cette place ! Ils vont profiter aujourd’hui de ce que nous avons fait. Ne lèveraient-ils pas le petit doigt pour aller voter ? Les gens doivent comprendre que c’est l’avenir de leurs enfants qui est en jeu.
Le problème est en réalité mondial et il ne reste plus beaucoup de temps. Mais je suis optimiste : des millions de gens ont compris que c’était le moment d’agir. Et il y en a de plus en plus. On peut encore changer les choses à temps. J’y crois, car sinon, je rentrerais chez moi, je mettrais la télé sur “on” et moi sur “off”. Parfois, ce n’est pas l’envie qui me manque. Mais c’est bien plus excitant d’être dans l’action.
(1): L'Initiative islandaise pour la Modernisation des Médias (Icelandic Modern Media Initiative, IMMI), est une loi islandaise visant à créer une juridiction favorable et avantageuse pour la publication du journalisme d'investigation1 et de médias en ligne sensibles. Le Parlement de Reykjavik l'a adoptée à l'unanimité le 16 juin 20102. Elle fut créée à l'origine pour que l'Islande « prenne position fortement et en toute légalité en ce qui concerne la protection des libertés d'expression et d'information. »3
« L'Islande va devenir l'inverse d'un paradis fiscal ; en offrant aux journalistes et aux éditeurs une des protections les plus importantes au monde en faveur de la liberté d'expression et du journalisme d'investigation. L'objectif du paradis fiscal est de rendre tout opaque. Notre objectif consiste à tout rendre transparent. » (note 1: extraite de Wikipedia)



lundi 1 octobre 2012

Une ambiance apprenante n'est pas nécessairement sérieuse

Le Guardian 1er octobre


Inspirational teaching: since when did entertainment not matter?

To those who argue that humour, enthusiasm or creative energy have no place in the learning experience, James Derounian asks: which of your own lecturers do you remember best?
sparks
How can your teaching awaken your students? Photograph: Mohammed Saber/EPA
A year or so back I was scandalised by a keynote presentation at ahigher education conference in which the speaker asserted that entertainment had no part in university teaching and learning. I broke a tacit rule of ultra-politeness at such events, rising to my feet to upbraid this stuff as nonsense. To me it seems obvious that some entertainment, appropriate humour and relevant (inter)activity can only aid retention of information. Detail alone just won't cut it over one or two hours with students - or anyone for that matter.
I can still remember being on the receiving end of a bravura performance from the late (great) agricultural economics professor Gerald Wibberley. I was lucky enough to be taught by 'Wibb' at London University's Wye College in the 1980s. He practised what seem like eternal virtues when it comes to inspiring students to learn, remember and be infected with interest in a subject. Wibberley was enthusiastic, well-informed and salted his sessions with examples drawn from direct experience, academic or otherwise.
On one occasion he lectured about rural poverty with a childhood story of waking up in his Welsh farmstead home to find frost covering the inside of the window and his bedspread. You could tell that he was a practical academic too, who made a real difference to people's lives: his research was rigorous but accessible, drawn in equal measure from academic publications and practice. In the words of his obituary his "gift for public speaking was memorable; even his economics lectures gained the rapt attention of his students".
Surely our job as lecturers is to light the fire of curiosity and aspiration in our students, reminding ourselves of why we are here in the process.Morgan Phillips of Becoming Green, a website about communicating sustainability, believes that inspirational teaching in higher education should nudge both students and staff towards "fulfilling and meaningful lives, characterised by generosity, intelligence, community spirit, stable levels of self-esteem and maturity". But as Ron Cooke, former vice-chancellor of York University, commented, the most crucial components of teaching are the most difficult to measure.
This issue assumes heightened urgency when English universities are charging students up to £9,000 per year tuition fees. A 2009 petition, signed by 600 students at the University of Bristol, noted how revenue per student from tuition fees has increased: "we simply ask that the quality of our education be improved accordingly".
So what are the components of inspirational teaching? I recently undertook a small, informal piece of research at my own institution, theUniversity of Gloucestershire, asking this question of undergraduates studying sociology, history and criminology. The top three characteristics in rank order were that inspirational teaching is motivating; second, that it was felt to be encouraging; and third, that such teaching flowed from teachers passionate about their subject. Characteristics in close contention were that it should be entertaining (I rest my case with the keynote speaker), memorable, energetic, enthusing, fun, captivating and exciting.
In 1997, authors Laura Cohen and Josef Jurkovic suggested various practical techniques to inspire student learning. These included shaking up accepted sequences to allow people to see the teaching process in a new light; breaking the rhythm (for example putting conclusions at the start and working back to an introduction); and finally so-called "toying with success". They write that "toys have a liberating effect … a disarming way to break the ice, but they are also a deceptively powerful way to break down the barriers of rigid adult thinking".
More recently, David Kahane, a professor at Alberta University, argued that students are "energized and inspired by highly participatory, contemplative courses. The methods and subject matters … speak to students' search for meaning in their lives and educations". For more on this approach to pedagogy, see the research and activities of ACMHE (the Association for Contemplative Mind in Higher Education).
It is of course worth acknowledging that such ideas about inspirational teaching are not new. Wilson – a teacher in 1918 – commented on the "response awakened in the group and the individuals of the group through the teacher". She described the class atmosphere as "charged…with a certain electric spark; there is colour, vigor, character, which the casual observer catches at once, but which is so difficult to define".
Think back to your most memorable teachers and be motivated. Let's aspire to inspire - both our students and ourselves.
James Derounian is principal lecturer in community development and local governance at the University of Gloucestershire
This content is brought to you by Guardian Professional. To get more articles like this direct to your inbox, become a member of the Higher Education Network.

vendredi 28 septembre 2012

L'économie, c'est du sérieux ! "Il n'y a pas d'alternative..."

http://www.leparisien.fr/economie/l-incroyable-histoire-de-la-naissance-des-3-de-deficit-28-09-2012-2184365.php

Sur Le Parisien du 28/06/12. Edifiant.

Le chiffre est martelé par  et par Jean-Marc Ayrault. Il était aussi l’alpha et l’omega de la politique de discipline budgétaire menée avant eux par  et . A droite comme à gauche, le chiffre est brandi comme un totem devant lequel il faut s’incliner sous peine d’être accusé de mener le pays à la faillite.
Considéré comme intenable par de nombreux économistes, vilipendé à la gauche de la gauche comme le symbole honni de l’austérité, ce chiffre, vous le connaissez : c’est « l’engagement pris par la France de respecter les 3 % de déficit public dès 2013 », répète à l’envi Hollande. Pour y parvenir, le budget, présenté ce matin en Conseil des ministres, exigera du sang et des larmes, avec 20 milliards d’impôts supplémentaires.

Un chiffre rond et facile à retenir
On le voit, cet engagement des 3 % aura des conséquences directes sur notre vie quotidienne. Mais ce chiffre gravé dans le marbre du traité de Maastricht depuis 1992, d’où vient-il ? Eh bien… de nulle part. Incroyable et pourtant nous avons retrouvé l’homme qui, au ministère des Finances, installé à l’époque dans l’aile Richelieu du palais du Louvre, a griffonné ce chiffre sur un coin de table. 

Ce haut fonctionnaire, Guy Abeille, l’avoue aujourd’hui : les 3 %, inventés en une heure un soir de juin 1981, ne reposaient sur aucune théorie économique mais, pour cette raison sans doute, il convint parfaitement à François Mitterrand, qui avait exigé, pour faire barrage à ses ministres trop dépensiers, un chiffre rond et facile à retenir. Et voici comment le fondement de notre politique budgétaire, imposé comme une règle d’airain à toute l’Europe, a vu le jour… au doigt mouillé.

L’anecdote peut prêter à sourire, mais, et c’est toute l’ironie de l’histoire, les technocrates de Bruxelles se sont inspirés de ces fameux 3 % pour bâtir une autre règle, tout aussi faussement cartésienne, obligeant à limiter le déficit structurel des Etats à 0,5 %. Pourquoi pas 1 % ou 2 % ? Nul ne le sait vraiment, comme peu savaient d’où pouvaient bien venir les 3 % dont on parle tant aujourd’hui.

samedi 9 juin 2012

Devi Shetty, le chirurgien indien qui a révolutionné le système de santé

J'ai trouvé cet article sur le site Maxisciences et sur celui du Monde. Il peut nous aider à voir le développement avec un oeil nouveau. Je vois un réel parallèle entre cette approche et celle de Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank et promoteur du microcrédit.
http://www.maxisciences.com/chirurgie/devi-shetty-le-chirurgien-indien-qui-a-revolutionne-le-systeme-de-sante_art24958.html



Le Dr. Devi Prasad Shetty a inauguré mardi à Bangalore, en Inde, un centre de thérapie holistique, l'expression d'une médecine non conventionnelle utilisant le yoga et l'Ayurveda comme bases de soins. Un nouveau chapitre s'ouvre pour ce chirurgien cardiaque et philanthrope indien. Portrait d'un homme qui révolutionne le monde de la santé.
"Maintenant je sais pourquoi tu es là. Pour libérer de leur agonie les enfants qui souffrent de maladie cardiaque, Dieu t'a envoyé dans ce monde pour réparer cela". Ce témoignage, c'est celui de Mère Teresa pour son chirurgien cardiaque, le Dr. Devi Prasad Shetty. Religieux, avant chaque opération, l'Indien prie devant un autel de divinités hindoues : "Quand vous faites votre travail sans rien attendre en retour, juste pour la joie de donner du bonheur aux autres, c'est là que vous réalisez que ce ne sont pas vos mains qui font le travail, ce sont celles de Dieu".

En 2006, le prix Nobel récompensait le Bangladais Mohammed Yunnus, le "banquier aux pieds nus"*, fondateur de la première institution de microcrédit, la Grameen Bank. Quelques années plus tard, c'est un chirurgien indien, ”aux pieds nus”, qui s'illustre dans la lutte contre la pauvreté en proposant l'accès à la santé pour tous : le Dr. Devi Prasad Shetty.

En 1989, quand il rentre en Inde après ses études de chirurgie cardiaque au Royaume-Uni, le Dr. Shetty a un objectif bien précis : soigner le cœur des Indiens. Chaque jour en Inde, entre 600 et 800 bébés naissent avec des malformations cardiaques. Mais en 1989, l'opération en Inde coûte quelque 2.000 Euros, un gouffre pour la population. Cité par Le Monde.fr, le Dr. Shetty affirme que, chaque année, seuls 100.000 Indiens peuvent se payer une opération du coeur sur les 2.5 millions qui en ont besoin. Pour arriver à son but, le chirurgien n'envisage donc qu'une seule solution : baisser les coûts de la santé. 

Le Henry Ford des soins cardiaques

En 2001, le chirurgien indien fonde le Narayana Hrudalayalaya Hospital à Bangalore avec une idée bien précise : "Les entreprises japonaises ont réinventé la manière de fabriquer des voitures. C'est ce que nous allons faire avec la santé. Le domaine de la santé a besoin non pas d'une innovation dans ses produits, mais dans son processus", explique t-il dans une interview citée par le Wall Street Journal).

Inspiré par le fordisme du début du XXe siècle et par le système à flux tendus mis en place par Toyota au Japon, le chirurgien révolutionne le système de santé de son hôpital indien. Son credo : augmenter les volume des interventions chirurgicales, tout en faisant baisser les coûts. Ses chirurgiens se spécialisent et opèrent jusqu'à trois patients par jour. Dans les blocs opératoires, les praticiens écoutent de la musique, parlent au téléphone. Ils passent chacun près de 70 heures par semaine à l’hôpital. Un travail à la chaîne pour guérir les malades qui se poursuit encore aujourd'hui.

Dans le Narayana Hrudalayalaya Hospital, il y a 1.000 lits. En comparaison, les hôpitaux américains accueillent en moyenne 160 lits. En 2008, 42 chirurgiens ont opéré le cœur de 3.174 patients, soit plus du double que les 1.367 opérations de la clinique de Cleveland, leader en la matière aux États-Unis. La même année, le service pédiatrique de l'hôpital indien a opéré 2.777 enfants, quand celui de Boston en opérait 1.026.

Des résultats probants

Aux critiques de la standardisation des opérations et d'une perte de qualité des interventions, le Dr. Shetty répond par des chiffres éloquents. Une opération à cœur ouvert dans son hôpital de Bangalore coûte 1.500 euros au patient. Aux États-Unis, elle coûte entre 16.000 et 80.000 euros, en fonction de la complexité de la chirurgie. Une baisse des coûts qui ne se fait pas au détriment de l'efficacité des opérations.

Selon les chiffres révélés, le taux de mortalité affiché par le Narayana Hrudalayalaya Hospital est aussi bon que la moyenne des hôpitaux américains. 1.4% de mortalité dans les trente jours pour un pontage de l'artère coronarienne, une procédure commune, contre 1.9% aux hôpitaux américains. Visitant les infrastructures, Jack Lewin, directeur général de l'American College of Cardiology s'est même dit impressionné.

Près de dix ans après sa fondation, le groupe Narayana Hrudalayalaya compte désormais 14 hôpitaux dans 11 villes en Inde. Mais le Dr. Devi Prasad Shetty envisage d'étendre son système hospitalier à l'Europe de l'est, à l'Afrique et, de façon plus surprenante, aux Îles Caïmans.

Le prix de l’innovation

Outre sa révolution du système hospitalier, le Dr. Shetty, 59 ans, est aussi le créateur du Yeshasvini, le système d'assurance de santé le moins cher au monde. Pour 10 roupies (soit 15 centimes d'euros), les fermiers les plus pauvres peuvent bénéficier du système de santé. Au Karnataka, dans l'Etat d'origine du Dr. Shetty, plus de 3.5 millions de personnes sont couvertes de cette façon.

Salués à de multiples reprises pour ces initiatives, Devi Prasad Shetty a même reçu en 2011 le prix prestigieux de l'innovation, décerné par The Economist, pour son action destinée à réduire les coûts de la santé en utilisant des techniques de production de masse. Un combat que le chirurgien entend donc bien poursuivre au cours des prochaines années.

*D'après le titre de Jean-Michel Servet, Banquiers aux pieds nus. La microfinance, Odile Jacob, Paris, 2006