Rue 89
lE GRAND ENTRETIEN
06/10/2012 à
11h20
Birgitta Jonsdottir : « L’Islande peut être le laboratoire de la démocratie »
Birgitta Jonsdottir était de toutes les manifs qui ont
fait chuter le pouvoir précédent. Elue, elle promeut la mobilisation
« online » pour « exploiter les failles du système ».
(De Reykjavik) Chômage en baisse rapide, croissance qui accélère... L’Islande se
remet plutôt bien de la crise financière qui l’a mise à terre en 2008 :
ses trois banques s’étaient effondrées, la couronne avait plongé, le PIB avait
chuté de plus de 10% pendant deux ans.
Les Islandais ont vite repris leur destin en main, forçant la chute du
gouvernement (dominé par la droite), élisant un gouvernement de centre-gauche
et mettant sur les rails un nouveau texte constitutionnel, selon un processus
original. Le 20 octobre, ils sont invités à voter sur certains points clés
de cette réforme constitutionnelle.
Derrière plusieurs des récentes initiatives démocratiques islandaises, on
retrouve une femme hors du commun : Birgitta Jonsdottir, 45 ans, se
définit comme une « anarchiste pratique », « poéticienne plus
que politicienne ».
Elle était de
toutes les manifestations pour faire tomber le gouvernement conservateur,
considéré comme responsable de la crise. Elle s’est ensuite fait élire au
parlement, sous l’étiquette du Mouvement, un nouveau parti qui se vante de
n’avoir aucun « membre », juste une liste d’e-mails. Une fois élue,
Birgitta Jonsdottir a poussé le processus constitutionnel et fait adopter une
loi poussant très loin la liberté d’information, l’Initiative islandaise pour la
modernisation des médias, (1) qui l’a rendue célèbre dans le monde
entier.
Elle a également défendu la cause de
WikiLeaks, dont elle a été la porte-parole. La justice américaine a ordonné à
Twitter de livrer aux autorités le contenu de ses échanges, dans le cadre de
l’enquête ouverte sur la fuite des télégrammes diplomatiques américains.
Aujourd’hui, Birgitta Jonsdottir tente de lancer en Islande un Parti des
pirates.
Nous l’avons rencontrée dans son bureau du parlement
(« Althing »), aux murs couverts d’articles et d’affiches liés à ses
aventures militantes. L’interview s’est poursuivie dans le café Paris, en face
du parlement, de l’autre côté de la place où s’étaient déroulées les
manifestations fatidiques de janvier 2009.
Rue89 : Je
sors d’une conversation avec un marin, qui a tout perdu avec la crise :
son appartement, son boulot, sa femme. Il est en colère, y compris contre
l’actuel gouvernement...
Birgitta
Jonsdottir : C’est le destin des gouvernements de
gauche de nettoyer le bordel laissé par les gouvernements de droite, puis
d’être l’objet de toutes les critiques. Je dis cela alors que je ne participe
pas à ce gouvernement et que je ne suis même pas « de gauche » – je
ne vois pas la politique en termes de gauche et de droite.
Le problème du gouvernement, c’est qu’il n’est pas simple de reconstruire
sur un terrain pourri. Il ne faut pas chercher à ressusciter l’ancien système,
il faut en construire un nouveau. Prenez ce qui se passe en Europe : ils
essayent de faire fonctionner un système qui est complètement
« dysfonctionnel ». Cela ne peut qu’empirer, parce qu’ils ne veulent
pas le reconnaître.
En Islande, nous avons un avantage : la bureaucratie est très légère,
et nous avons la possibilité de changer les lois rapidement. L’Islande peut
être le laboratoire de la démocratie. Nous sommes en tout cas perçus comme tel
par beaucoup de gens, qui suivent avec espoir ce que nous entreprenons.
Mais il
faudrait dissiper chez eux certaines illusions. Par exemple, si vos banques
n’ont pas été sauvées, ce n’était pas vraiment un choix assumé...
Les bonnes formules sont parfois imposées par les circonstances. Pour ce
qui est des banques, le fait de les laisser tomber n’était pas volontaire.
C’est arrivé uniquement parce que le gouvernement n’a pas trouvé d’argent pour
les sauver : aucun autre pays n’a alors voulu lui en prêter. Cela a mis en
colère beaucoup de gens, mais en réalité, ce fut la meilleure chose qui puisse
nous arriver. Aujourd’hui, des gens mettent la liquidation des banques au
crédit du gouvernement d’alors, mais c’est un mythe.
Quelles sont
les idées experimentées dans le « laboratoire » islandais qui
pourraient être utiles dans de plus grands pays, comme la Grèce, l’Espagne ou
la France ?
Chaque pays
doit trouver ses propres formules pour agir. Mais vous pouvez vous inspirer des
méthodes d’action que nous utilisons. Une de ces méthodes, par exemple, c’est
de chercher à exploiter les failles du système. C’est ainsi que nous avons
stoppé Icesave [les Islandais ont refusé, par réferendum de rembourser les
gouvernements britanniques et néerlandais pour les pertes des épargnants ayant
confié leurs économies à la banque en ligne islandaise Icesave, une filiale de Landsbanki,
ndlr]. Le président d’Islande a déclaré qu’il ne pouvait pas signer une loi
s’il y avait un fossé trop important entre le parlement et le peuple. Il nous
suffisait alors de réunir une pétition démontrant l’existence de ce fossé.
C’est ainsi qu’il a dû soumettre l’accord Icesave au référendum, à deux reprises.
Et que le peuple l’a rejeté deux fois. C’est ce genre d’outil légal qui peut
être exploité : dans chaque pays, il faut les chercher.
Autre exemple : en dépit de toutes les promesses des partis, il n’y
avait pas eu de changement de Constitution. Aujourd’hui, le processus est en
marche. Certains partis nient le fait que l’initiative soit venue du peuple,
mais je peux vous dire que c’est bien le cas : j’ai participé à toutes les
manifestations, depuis la toute première, où nous étions une dizaine, juste
après le krach : il y avait plus de journalistes étrangers que de
manifestants. J’ai suivi tout le processus, et je connais l’esprit de cette
réforme : il s’agit de créer une vraie séparation des pouvoirs, d’empêcher
les élus d’agir dans leur propre intérêt, de protéger les ressources
naturelles...
Cela fait
longtemps que l’on parle ici de changer une Constitution léguée par le roi du
Danemark...
On en parlait entre universitaires et politiciens, mais c’est la crise qui
a permis d’agir. Les gens, avant, s’en fichaient un peu. Ils ne connaissaient
même pas la Constitution : personne n’en possédait le texte à la maison.
Mais ils ont compris qu’on avait vraiment besoin d’une telle réforme. Et la
façon dont nous avons mené le processus constitutionnel est formidable. J’en
suis si fière ! La Première ministre, il faut lui faire ce crédit, s’y est
énormément investie.
Est-ce que les
propositions sont vraiment venues des Islandais, comme on l’a dit ? Une
réforme constitutionnelle « participative » et
« online » ?
Beaucoup de gens ont proposé des amendements via Facebook ou par e-mail. Le
processus était entièrement ouvert. Il y a eu d’abord un forum, avec près de
1 000 participants. Et quand 1 000 personnes participent,
vous arrivez à saisir l’esprit d’une nation. Le parlement, lui, avait été
incapable de conduire cette révision, car trop de politique entrait en jeu.
Cette réforme représente un petit pas vers la démocratie directe. Mais il y
a encore de gros trolls sur le chemin. L’un de ces plus gros trolls est le
Parti de l’indépendance [conservateur, ndlr] qui souhaite faire dérailler le
processus. A l’écouter, laisser le peuple décider de sa Constitution serait
inconstitutionnel !
LE MARIAGE GAY EN ISLANDE
L’Islande est le neuvième pays à avoir accepté le mariage homosexuel. Une
loi a été votée en ce sens le 11 juin 2010, à l’unanimité des
parlementaires. La Première ministre Johanna Sigurdardóttir a alors transformé
en mariage le contrat d’union civil qui la liait à sa partenaire.
Si l’Islande peut jouer le rôle de laboratoire, c’est parce que nous sommes
un microcosme : nous avons toutes les institutions d’un pays, mais nous
sommes petits et nous pouvons atteindre plus rapidement, en mobilisant les
citoyens, la masse critique nécessaire pour forcer des changements. Prenez par
exemple l’histoire du long combat des homosexuels en Islande. J’ai des amis qui
ont choisi d’émigrer parce qu’il leur était difficile de vivre ici.
Aujourd’hui, c’est tellement bien accepté que la Première ministre est
ouvertement gay, sans que cela ne soit plus commenté par personne. Tout le
monde s’en fiche. Ce fut un long combat, avec des petits pas, mais tout à coup,
clac, c’était un problème réglé. Les changements peuvent survenir très vite,
car le nombre de gens à convaincre est réduit en Islande.
Les réformes
sont-elles donc impossibles dans des pays très peuplés ?
Non, je ne les pense pas impossibles. Vous pouvez dans ces pays vous
appuyer sur des communautés moins larges que la nation, par exemple.
L’une des raisons des grandes manifestations que vous connaissez en France,
par exemple contre le nouveau traité européen, c’est que les gens comprennent
que le système ne nous sert plus : il se sert lui-même. Et cette
conviction se propage sur Internet, d’une personne à l’autre, grâce aux réseaux
sociaux. Le système est devenu trop gros et il ne peut plus bouger. Regardez
l’administration de la Commission européenne : 40 000 personnes,
impossibles à licencier, payant des impôts très réduits. Notre démocratie a été
détournée par des bureaucrates. Où sont dans cette machine les gens
ordinaires ? Qui porte la voix des agriculteurs ? Des
infirmières ? Des personnes âgées ?
Si l’on prend conscience de ces dérives, la transformation est possible.
Nous en donnons l’exemple en Islande. Mais la taille des pays n’est pas un
problème : vous pouvez aussi atteindre la masse critique dans vos pays. Et
dans ce monde global, où l’information circule, vous pouvez donner l’exemple.
Chacun s’observe et échange les expériences : regardez ce qu’ils ont fait
en France. Ou en Egypte. Ou aux Etats-Unis...
Car personne ne veut vivre comme un esclave salarié, personne ne veut que
l’avenir de ses enfants soit impossible. Personne ne peut accepter que de
grands groupes comme Monsanto aient des brevets sur ce qui est dans notre
panier de courses... C’est pourquoi des gens se bougent, sous diverses
formes : le mouvement « Occupy », les Pirates, les Anonymous...
Le bon échelon,
pour transformer la société, ce sont les villes ?
Oui, dans les
villes, dans les quartiers, on peut faire beaucoup de choses. Ici, nous avons
ainsi fait l’expérience du « meilleur Reykjavik » [une plateforme
participative en ligne permettant aux citoyens de suggérer des réformes à la
municipalité, ndlr]. Les cinq meilleures idées ou demandes sont examinées
chaque mois, et débouchent parfois sur ces décisions. C’est une expérience
brillante, même si le nombre de personnes qui utilisent la plateforme reste
encore trop réduit (je suis la deuxième contributrice !) J’ai proposé
qu’un pour cent du budget soit réservé par la ville aux propositions issues de
cette plateforme.
Je viens d’un
petit village d’environ 800 personnes, Thorlákshöfn. Tout le monde y avait un rôle,
chacun participait à la communauté. Une fois arrivé en ville, vous êtes
déconnecté : vous n’avez plus de rôle, vous pouvez ne jamais connaître vos
voisins, vous pouvez ne jamais participer à la communauté. Il faut changer cela
aujourd’hui, c’est important compte tenu des menaces qui pèsent sur
l’environnement, sur la sécurité alimentaire, etc. Il faut regagner le contrôle
de nos vies. On peut agir en développant les initiatives collectives. Exemple
tout bête : pourquoi aurait-on besoin d’une tondeuse à gazon dans chaque
maison ? Grâce à Internet, agir ensemble n’est plus une utopie.
Internet et les
nouveaux outils technologiques suffisent-ils pour recréer de telles
communautés ?
Ces outils permettent à des gens deconnectés les uns des autres de se
retrouver, de découvrir des idées, de les partager. Des communautés se forment
en ligne. La question, c’est comment passer des communautés
« online » aux communautés « offline ». Mais cela commence
à se produire. Regardez les manifestations qui ont eu lieu en Islande [et qui
ont conduit à la chute du gouvernement en janvier 2009, ndlr]. Un groupe de
gens a commencé à prendre des casseroles pour faire du bruit, cela s’est
répandu sur Facebook, le mouvement a grossi.
Le temps que je ne passe pas sur mon travail parlementaire, je le consacre
à mes communautés, à ma vraie résidence qui est sur Internet. Mais quand les
gens comprendront qu’on peut bâtir ces communautés non seulement online mais
aussi dans le monde réel, un vrai changement sera possible.
Pourquoi
dites-vous que votre « vraie résidence » est sur Internet ?
Beaucoup n’ont pas conscience que leur vraie résidence est sur Internet.
J’ai ainsi la même adresse e-mail depuis 1995 – je n’ai jamais eu une
adresse aussi longtemps dans le monde réel. Toutes mes informations
personnelles, secrètes, sont sur Internet. Toutes les traces que j’ai laissées,
tous mes voyages, mes communications avec d’autres gens... Il faut prendre
conscience de cela, de l’importance qu’occupe notre vie en ligne, de
l’importance prise par cet espace qui permet des échanges libres et la
diffusion d’idées. Il faut prendre garde à ce que les entreprises et les
gouvernements n’en abusent pas, à ce que nos principes continuent à
s’appliquer.
Prenez le principe du partage par exemple. Autrefois, je partageais des
livres, des chansons avec mes amis. Je pouvais enregistrer des musiques. Je
faisais ce que je voulais de mon livre : je pouvais le laisser sur cette
banquette, pour qu’il soit lu par quelqu’un d’autre, par exemple. Mais
aujourd’hui, s’ils le veulent, ils peuvent autoritairement retirer tous vos
e-books de l’étagère !
On ne peut même
pas léguer à ses enfants le contenu de sa liseuse ou de son MP3.
Exactement. Nous dormons, nous avons renoncé à tant de droits...
Et si l’on
assiste à une telle explosion militante pour une meilleure gouvernance, c’est
parce que les gens sont connectés. Une communauté globale se dresse face aux
marchés sans frontières, aux grandes entreprises sans frontières, aux
tentatives sans fontières d’empêcher les médias de raconter ce qui se passe
réellement... Rendez vous compte : ils ont [l’armée US, en septembre 2012,
ndlr] qualifié WikiLeaks, une plate-forme visant à informer, « d’ennemi
d’Etat », quand ce n’est pas de « terroristes » [Joe Biden, en décembre 2010,
ndlr]. C’est hallucinant.
Aujourd’hui,
dans les journaux, il y a plus de gens travaillant dans les services juridiques
que de journalistes d’investigation. Ce n’est pas normal. Nous avons, en
Islande, adopté l’Initiative islandaise pour la Modernisation des médias
[Birgitta Jonsdottir en est à l’initiative, ndlr]. Le but premier n’était pas,
comme on l’a dit, de bâtir un « havre » pour les médias
internationaux, mais de permettre aux médias locaux de mieux informer et de
protéger les lanceurs d’alerte. En Grande-Bretagne, il y a aujourd’hui
tellement de règlements de conflits hors tribunaux assortis de « gag order » « [injonction
interdisant à la presse d’évoquer l’affaire, ndlr] que de nombreuses
informations sont cachées au public... Et ces informations interdites concernent
souvent des grandes entreprises...
Quelles sont
les avancées contenues dans la réforme de la Constitution ?
LE PROCESSUS CONSTITUTIONNEL
6 novembre 2010 : Forum
constitutionnel : pendant une journée, 950 citoyens tirés au sort
dressent, par tables de 10, les valeurs fondamentales de l’Islande.
30 novembre 2010 :
25 citoyens sont élus, sur 522 candidats, pour former l’assemblée
constituante (l’élection sera invalidée par la Cour suprême pour des raisons
techniques, mais continuera son travail à titre consultatif). Les citoyens sont
consultés par Internet.
20 octobre 2012 :
consultation par référendum des citoyens sur le projet de Constitution.
Le parlement devra voter une première fois le texte, puis le revoter, sans
changement, après les prochaines élections, en 2013.
J’ai évoqué la séparation des pouvoirs et le fait que les ressources
naturelles, qui sont au cœur de l’économie islandaise, appartiennent au peuple.
Autre avancée : la possibilité de provoquer un référendum à l’initiative
d’une partie de la population, j’espère pas plus de 10%. Enfin, la liberté de l’information
sera aussi intégrée dans la Constitution, et tout refus de donner des
informations, de la part de l’administration, devra être motivé...
Le
20 octobre, les Islandais seront invités à voter sur certains points de
cette réforme. Vous attendez-vous à une forte participation ?
Oui, et il faut que le taux de participation soit le plus élevé possible,
car la réforme doit ensuite passer l’épreuve du parlement, où des gens sont en
embuscade. Le Parti de l’indépendance ou le Parti du progrès [les deux partis
de droite, ndlr] peuvent encore faire dérailler le processus si la
participation est faible.
Ce n’est pas
gagné, si on considère le très faible taux de participation lors de l’élection
des membres de l’assemblée constitutionnelle, de l’ordre de 30%...
C’est
différent : il s’agissait de désigner 25 personnes sur une liste de
522 candidats. On n’avait pas prévu que tant de gens seraient candidats.
Les électeurs se sont découragés à l’idée de lire 522 CV. Les médias ont
répété que c’était compliqué, sans préciser que les électeurs n’étaient pas
obligés de désigner 25 candidats : ils pouvaient aussi voter pour une
seule personne. Je m’attends donc à bien plus de votants cette fois. J’espère
qu’on dépassera 70%. Si c’est moins, je serai très déçue par ma nation. Et si
c’est moins de 50%, je songerai sérieusement à quitter le pays.
Mais, pendant
une crise, quand vous avez des problèmes financiers, des problèmes d’emploi, la
réforme des institutions n’est pas vraiment une priorité...
Je connais l’argument. J’ai vécu dans ma vie, la plupart du temps, sous le
seuil de pauvreté. J’ai fait ce choix parce que je suis une mère indépendante,
et que j’ai préféré travailler de chez moi et m’occuper sérieusement de mes
enfants. Il m’est arrivé de faire la queue à la soupe populaire. Mais même dans
ces périodes, j’ai toujours essayé de m’impliquer dans la société. Je savais
que si je ne faisais rien pour essayer d’agir sur la réalité, je ne connaîtrais
jamais la société dans laquelle je souhaite vivre. Personne ne le fera pour
moi.
Les femmes qui se sont battues pour leurs droits, avaient-elles l’assiette
toujours pleine ? Ceux qui se sont battus pour les droits syndicaux,
cherchaient-ils une augmentation de salaire ? Non, ils cherchaient à
changer la société ! Ce qui me rend malade, c’est que quand nous avons
commencé à manifester [fin 2008 ndlr], il y avait plus de gens dans le
centre commercial que sur cette place ! Ils vont profiter aujourd’hui de
ce que nous avons fait. Ne lèveraient-ils pas le petit doigt pour aller voter ?
Les gens doivent comprendre que c’est l’avenir de leurs enfants qui est en jeu.
Le problème est en réalité mondial et il ne reste plus beaucoup de temps.
Mais je suis optimiste : des millions de gens ont compris que c’était le
moment d’agir. Et il y en a de plus en plus. On peut encore changer les choses
à temps. J’y crois, car sinon, je rentrerais chez moi, je mettrais la télé sur
“on” et moi sur “off”. Parfois, ce n’est pas l’envie qui me manque. Mais c’est
bien plus excitant d’être dans l’action.
(1): L'Initiative islandaise pour la
Modernisation des Médias (Icelandic
Modern Media Initiative, IMMI),
est une loi islandaise visant à créer une juridiction
favorable et avantageuse pour la publication du journalisme
d'investigation1 et de médias en ligne sensibles. Le Parlement de Reykjavik l'a
adoptée à l'unanimité le 16 juin 20102. Elle fut créée à l'origine pour que l'Islande « prenne
position fortement et en toute légalité en ce qui concerne la protection des
libertés d'expression et d'information. »3
« L'Islande va devenir l'inverse d'un paradis fiscal ;
en offrant aux journalistes et aux éditeurs une des protections les plus
importantes au monde en faveur de la liberté d'expression et du journalisme
d'investigation. L'objectif du paradis fiscal est de rendre tout opaque. Notre
objectif consiste à tout rendre transparent. » (note 1: extraite de Wikipedia)