J'ai trouvé cet article sur le site Maxisciences et sur celui du Monde. Il peut nous aider à voir le développement avec un oeil nouveau. Je vois un réel parallèle entre cette approche et celle de Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank et promoteur du microcrédit.
http://www.maxisciences.com/chirurgie/devi-shetty-le-chirurgien-indien-qui-a-revolutionne-le-systeme-de-sante_art24958.html
http://www.maxisciences.com/chirurgie/devi-shetty-le-chirurgien-indien-qui-a-revolutionne-le-systeme-de-sante_art24958.html
Le Dr. Devi Prasad Shetty a inauguré mardi à Bangalore, en Inde, un centre
de thérapie holistique, l'expression d'une médecine non conventionnelle
utilisant le yoga et l'Ayurveda comme bases de soins. Un nouveau chapitre
s'ouvre pour ce chirurgien cardiaque et philanthrope indien. Portrait d'un
homme qui révolutionne le monde de la santé.
"Maintenant je sais pourquoi tu es
là. Pour libérer de leur agonie les enfants qui souffrent de maladie cardiaque,
Dieu t'a envoyé dans ce monde pour réparer cela". Ce témoignage, c'est
celui de Mère Teresa pour son chirurgien cardiaque, le Dr. Devi Prasad Shetty.
Religieux, avant chaque opération, l'Indien prie devant un autel de divinités
hindoues : "Quand vous faites votre
travail sans rien attendre en retour, juste pour la joie de donner du bonheur
aux autres, c'est là que vous réalisez que ce ne sont pas vos mains qui font le
travail, ce sont celles de Dieu".
En 2006, le prix Nobel récompensait le Bangladais Mohammed Yunnus, le
"banquier aux pieds nus"*, fondateur de la première institution de
microcrédit, la Grameen Bank. Quelques années plus tard, c'est un chirurgien
indien, ”aux pieds nus”, qui s'illustre dans la lutte contre la pauvreté en proposant l'accès à la santé pour
tous : le Dr. Devi Prasad Shetty.
En 1989, quand il rentre en Inde après ses études de chirurgie cardiaque au Royaume-Uni, le Dr. Shetty a un
objectif bien précis : soigner le cœur des Indiens. Chaque jour en Inde, entre
600 et 800 bébés naissent avec des malformations cardiaques. Mais en 1989,
l'opération en Inde coûte quelque 2.000 Euros, un gouffre pour la population.
Cité par Le Monde.fr, le Dr. Shetty
affirme que, chaque année, seuls 100.000 Indiens peuvent se payer une opération
du coeur sur les 2.5 millions qui en ont besoin. Pour arriver à son but, le
chirurgien n'envisage donc qu'une seule solution : baisser les coûts de la
santé.
Le Henry Ford des soins cardiaques
En 2001, le chirurgien indien fonde le Narayana Hrudalayalaya Hospital à
Bangalore avec une idée bien précise : "Les
entreprises japonaises ont réinventé la manière de fabriquer des voitures.
C'est ce que nous allons faire avec la santé. Le domaine de la santé a besoin
non pas d'une innovation dans ses produits, mais dans son
processus", explique t-il dans une interview citée par le Wall
Street Journal).
Inspiré par le fordisme du début du XXe siècle et par le système à flux
tendus mis en place par Toyota au Japon, le chirurgien révolutionne le système
de santé de son hôpital indien. Son credo : augmenter les volume des
interventions chirurgicales, tout en faisant baisser les coûts. Ses chirurgiens
se spécialisent et opèrent jusqu'à trois patients par jour. Dans les blocs
opératoires, les praticiens écoutent de la musique, parlent au téléphone. Ils
passent chacun près de 70 heures par semaine à l’hôpital. Un travail à la
chaîne pour guérir les malades qui se poursuit encore aujourd'hui.
Dans le Narayana Hrudalayalaya Hospital, il y a 1.000 lits. En comparaison,
les hôpitaux américains accueillent en moyenne 160 lits. En 2008, 42
chirurgiens ont opéré le cœur de 3.174 patients, soit plus du double que les
1.367 opérations de la clinique de Cleveland, leader en la matière aux
États-Unis. La même année, le service pédiatrique de l'hôpital indien a opéré
2.777 enfants, quand celui de Boston en opérait 1.026.
Des résultats probants
Aux critiques de la standardisation des opérations et d'une perte de
qualité des interventions, le Dr. Shetty répond par des chiffres éloquents. Une
opération à cœur ouvert dans son hôpital de Bangalore coûte 1.500 euros au
patient. Aux États-Unis, elle coûte entre 16.000 et 80.000 euros, en fonction
de la complexité de la chirurgie. Une baisse des coûts qui ne se fait pas au
détriment de l'efficacité des opérations.
Selon les chiffres révélés, le taux de mortalité affiché par le Narayana
Hrudalayalaya Hospital est aussi bon que la moyenne des hôpitaux américains.
1.4% de mortalité dans les trente jours pour un pontage de l'artère
coronarienne, une procédure commune, contre 1.9% aux hôpitaux américains.
Visitant les infrastructures, Jack Lewin, directeur général de l'American
College of Cardiology s'est même dit impressionné.
Près de dix ans après sa fondation, le groupe Narayana Hrudalayalaya compte
désormais 14 hôpitaux dans 11 villes en Inde. Mais le Dr. Devi Prasad Shetty
envisage d'étendre son système hospitalier à l'Europe de l'est, à l'Afrique et,
de façon plus surprenante, aux Îles Caïmans.
Le prix de l’innovation
Outre sa révolution du système hospitalier, le Dr. Shetty, 59 ans, est
aussi le créateur du Yeshasvini, le système d'assurance de santé le moins cher
au monde. Pour 10 roupies (soit 15 centimes d'euros), les fermiers les plus
pauvres peuvent bénéficier du système de santé. Au Karnataka, dans l'Etat
d'origine du Dr. Shetty, plus de 3.5 millions de personnes sont couvertes de
cette façon.
Salués à de multiples reprises pour ces initiatives, Devi Prasad Shetty a
même reçu en 2011 le prix prestigieux de l'innovation, décerné par The Economist, pour son action destinée à réduire les coûts de la
santé en utilisant des techniques de production de masse. Un combat que le
chirurgien entend donc bien poursuivre au cours des prochaines années.
*D'après le titre de Jean-Michel Servet, Banquiers aux
pieds nus. La microfinance, Odile Jacob, Paris, 2006

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