Une jeune consoeur, en cours de formation, m’appelle cette semaine. Elle a tendance à me faire partager ses états, en effet, je l’ai initiée à mon beau métier.
Je me souviens avoir entendu Maurice Genevoix chez Pivot expliquer avec véhémence qu’il déteste les mots en « ique ». Et pleuvent de ma jeune consoeur en formation les problématique, les psychologique, les éthique, les hystérique, les triangle dramatique* (une fois),…., les triangle dramatique (deux fois),…, tu sais, je me suis victimisée dans ce triangle dramatique. Et trois fois bien sûr, le triangle.
O écoles de formation, comme vous élevez nos esprits !
*Petite explication : le triangle dramatique ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Triangle_dramatique in wikipedia où c’est bien dit, mais fort mal orthographié ) propose une schématisation de la relation à trois où on jouerait alternativement le rôle de persécuteur, de victime ou de sauveur. Ma grand-mère qui n’était pas docteur en psychologie avait tendance à dire « quand on est trois, y’en a toujours un qu’est de la baise ». Pour les mauvais esprits, elle évoquait l’idée qu’il faut voyager par nombre pair, c’est plus aisé.
Ma jeune consoeur qui se retrouvait de la baise, puisque « bouc-émissairisée » dans un triangle qui n’avait plus rien à envier à son collègue des Bermudes, commença soudain à évoquer les détails et participants au dit triangle. Je l’arrête en souriant « tu ne vas tout de même pas me raconter ton cas ». Elle sourit et reprend son histoire. Je l’arrête de nouveau
- attention, tu ne respectes pas le secret professionnel** !
- tu plaisantes, pas avec toi, tu es coach
- et alors ?
- ben … tu es aussi au secret professionnel
- oui, ça veut dire quoi ?
- ben … que tu ne peux pas répéter
- tu le fais bien !
- oui, mais on est entre nous !
- et alors ?
- toi, je te connais, j’ai confiance
- et alors ?
- je ne peux pas te parler de ça ?
- tu as un superviseur, il est là pour ça
- le coach, le coaché et le superviseur personne d’autre ?
- non, tu vois, ça en fait trois, mais ça n’a rien de dramatique
De grâce, écoles qui élevez l’esprit, consacrez à vos élèves la demi journée nécessaire à appréhender la déontologie de notre métier de façon très pratique. Et n’oubliez pas de développer la notion de secret professionnel dans le détail*** toute notre crédibilité en dépend.
**Petite explication : secret professionnel. Dans le métier, toutes les chartes, toutes les déontologies l’évoquent, voire l’invoquent. Et dur comme fer, il ne sera pas violé par nous. Seulement voilà, on n’est ni notaires, ni avocats, ni journalistes et très peu d’entre nous sont médecins. Et si un policier ou un juge exige de voir nos dossiers, nous pourrons toujours taper sur le mur avec nos petits poings et jurer qu’on ne nous y reprendra pas, nous ne pourrons pas nous opposer à une fouille. Aussi, en ce qui me concerne, je détruis mes notes d’une séance à l’autre, en effet ...
***Je ne suis pas plus malin que les autres. J’ai une formation juridique et j’ai coaché un notaire qui m’a « ouvert les yeux » :
- Ah oui, vous êtes au secret professionnel, mais savez-vous vraiment ce que c’est ? Non décidément, ça me fend le cœur mais détruisez vos notes !
1 commentaire:
Je viens de lire un peu par hasard mais avec attention quelques uns de vos écrits sur internet au sujet du rôle du coaching et de la charte éthique de ce métier. D’un relatif scepticisme concernant cette profession que j’avais tendance à assimiler au gourou du 3ème millénaire, vos propos m’ont fait changer d’avis.
Je me présente rapidement. Etudiant en « grande école » comme on dit, je suis depuis peu, stagiaire dans un cabinet de Conseil en management. Nos contacts client sont le plus souvent des directions métiers de grandes entreprises (EDF/TOTAL/BNP Paribas etc…)
L’un de nos savoir-faire reconnus et… appréciés se situe notamment dans notre capacité à gérer la conduite du changement. Comme vous, d’une certaine manière…
Mais aux travers des différentes missions auxquelles j’ai pu participées, je me suis aperçu que par changement, nous n’entendions pas la même chose. Lorsque vous prônez avec talent un changement dont la finalité est de tendre vers un « meilleur-être », lorsque vous faîtes l’apologie du « laisser libre cours » à nos aspirations trop longtemps inhibées, lorsque vous nous inciter à passer outre l’auto-censure (le pire des fléaux selon moi), NOUS nous parlons de rationalisation des coûts, refonte d’organigramme, optimisation des processus, diminution de …% des ETF (Equivalent temps Plein), une manière détournée pour garder bonne conscience et ne pas évoquer les licenciements, et autres vies brisées qui se cachent derrière ces trois initiales...
Je suis sur la voie royale pour être recruter consultant junior au terme de ce stage, de toucher une rémunération plutôt flatteuse pour un 1er job (surtout en cette période de crise). Pire, je crois disposer du cynisme suffisant pour l’accepter…
Sans transition, je suis également d’accord avec vous lorsque vous évoquez les raisons de votre choix de travailler pour les PME et les professions libérales. Je n’ai pas souvent entendu ce genre de propos (ah si, mon père, mais ça compte pas, il est trop fort mon père).
Les PME sont complexes, souvent innovantes, réactives mais aussi mal structurées, trop franco francaises, manquant d’ambition.
Leur dirigeant sont souvent accaparés par l’opérationnel. Les mains dans le cambouis à longueur de journée, ils n’ont ni le temps, ni les moyens de prendre la hauteur suffisante pour disposer d’une « big picture » (moi aussi j’aime bien cette expression) de leur situation (personnelle et professionnelle).
Enfin bref, peut-être que des gens comme vous peuvent contribuer à ce que cela change.
Et puis quelqu’un qui choisit comme cadre de travail la maison où Lelouch a écrit ce si joli film qu’est « un homme et une femme », ne peut pas être foncièrement mauvais…
En tout cas, j’ai pris plaisir à vous lire.
Bien à vous
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