jeudi 13 décembre 2007

5 Décembre 1957 - 5 décembre 2007

Le 5 décembre 2007, j’ai eu 50 ans. ..
Ipso facto, j’appartiens à la classification dite des quinquas.Depuis 5 ans déjà, je ne peux plus passer de concours administratif, aujourd’hui la publicité sur TF1 ne me concerne plus, si je n’avais pas de travail mieux vaudrait m’abstenir de rechercher pour éviter les frustrations, je ne peux plus briller que dans quelques sports, le déclin physique se précipite etc, etc…Je suis allé à la FNAC voir la littérature sur le sujet. 2 livres (il y en a peut-être plus, mais c’est ce que m’a indiqué le vendeur). L’un, préfacé par Jacques Attali constate le sort indû réservé à ces déchus de la société et égrène les cas de mise au placard, de descente sociale allant jusqu’à la clochardisation qui guette les malheureux qui ont réussi à atteindre cet âge. Le second nettement plus optimiste annonce que les années pré-retraite s’achèvent et que bientôt, on va retravailler au-delà de 55 ans. Ce qui suppose, reconnaît l’auteur, que poussées par la nécessité du recul de l’âge de la retraite, les entreprises cessent de considérer que la cinquantaine est l’ultime tournant de la rentabilité et trouvent des postes motivants pour ces potentiels ex-futur-recalés du monde des actifs. On pourra peut-être même ultérieurement évoquer les rappelés ?
Certes j’arrive à l’âge où l’anniversaire ne célèbre plus seulement le nombre d’années depuis notre naissance, mais aussi – et les regards ou sourires des plus jeunes sont à ce sujet éloquents – cette frontière où on se met à considérer le nombre d’années qu’il nous reste à vivre. Oh, on ne compte pas. On sait seulement que vers 40 ans, on passait dans l’autre moitié, mais, bien que très symbolique, ça restait vague. A 50, on a bien avancé. Ce n’est pas une raison pour se calfeutrer et attendre la fin.J’ai vraiment ressenti il y a 30 ans la phrase de Nizan : « je ne laisserai personne dire que vingt ans est le plus bel âge … ». J’ai maintenant 50 ans donc et me sens différent de ce qu’on m’annonce. Mon naturel est plutôt optimiste, je le reconnais. Mais objectivement, je ne me suis jamais aussi bien senti physiquement, moralement et émotionnellement dans ma peau.
A 50 ans, on a cet avantage de non seulement savoir ce que l’on ne veut pas, mais aussi, d’avoir bien avancé dans la réflexion du « ce que l’on veut » ou du « ce qui est bon pour nous ». Et puis, on n’a plus rien à prouver, on peut plus librement se louper et donc prendre des risques.
C’est l’âge où Marie, ex Présidente pour l’Europe d’un organisme de crédit américain débarquée vers l’âge fatidique, me confiait : « tu sais – Marie a rapidement rejoint un autre organisme financier – je ne cessais de répéter et passais pour une vieille râleuse, que l’immobilier est cyclique et ne peut être haussier en permanence. Depuis la crise du mois d’août, tout le monde revient prendre mon avis, mes cheveux teints rassurent »
Aussi, je me sens totalement décalé avec la sinistrose ambiante autour de la quinquagénie qui mêlerait une forme de déchéance sociale par le travail à une énième crise familiale liée cette fois au départ des enfants - et à un énième démon de midi. Ainsi à 40 ans on serait dans la force de l’âge. Les jeunes retraités de 60 ans seraient sémillants. Mais entre les deux, on aurait droit à la pitié ou à l’opprobre générale. Ca peut intéresser les sociologues, pas les intéressés. Le vrai problème qui se pose à nous actuellement, c’est l’emploi.

Une alternative :

On travaille pour une des rares entreprises où les ressources humaines, conscientes de l’enjeu, des évolutions législatives et de l’inversion de la pyramide des âges anticipent en créant des liens intergénérationnels solides permettant à chacun de trouver sa place. Ces entreprises sont peut-être encore minoritaires, mais la réelle nécessité de travailler plus âgé va généraliser la démarche.

Pendant le temps d’adaptation, un certain nombre connaîtra des difficultés. On peut prendre les devants. J’ai personnellement opté pour cette solution il y a quatre ans et je ne le regrette pas. Par mon métier, je rencontre pas mal de « quinquas » qui créent leur entreprise ou deviennent consultants et cherchent à se faire épauler dans les domaines que leur propre expertise ne couvre pas (le commercial en général). La plupart arrivent au même constat : à condition d’avoir un toit et six mois à un an de trésorerie (ça rassure et permet de rester indépendant) « …je vis aujourd’hui une vie où les seules contraintes que je rencontre sont celles que j’accepte ou m’impose moi-même. Je choisis ». Ca ne s’improvise pas, pour bien le vivre, mais une fois le pas franchi, nul ne ressent le besoin de revenir en arrière.

D’adaptation ou de transition, l’emploi va se pérenniser…dans les années à venir. Boostés par l’allongement de la vie, on va développer l’activité. Alors, certes à 60 ans on sera sémillant et souriant, mais on bossera encore. J’ai vu un reportage aux USA où en raison du système de retraite, on voit des petits papis qui tiennent les pompes à essence. Vous imaginez dans 25 ans, quand le débat présidentiel portera sur l’enjeu de la retraite à … 83 ans pour stimuler la croissance. Baroin qui n’aura pas pris une ride sera candidat pour la deuxième fois.

Pour ce qui touche à la vie privée, crise ou pas crise, les adolescents s’apprêtent à tirer leur révérence. On risque de devenir grands-parents, statut hautement enviable, même s’il marque un peu.

Quelle que soit notre situation par ailleurs, on sait à cet âge où on va et comment.
Aussi, je le répète, j’arrive enfin à l’âge où je n’ai plus besoin de tout remettre en cause, mais où il est simplement question de … vivre bien et je ne laisserai personne m’en empêcher.

Philippe Bonargent
philippe@resolutions-coaching.com

1 commentaire:

fbrahimi a dit…

50 ans, le début de la Sagesse?