Mercredi 3 octobre : discussion avec ma fille. Vous l’avez peut-être remarqué, la tendance à la télévision est à l’interactivité d’une histoire par le public. Ainsi, on peut choisir un programme (le concert de fin d’année sur Arte, par exemple) ou même parfois, la fin d’une histoire. Je trouve personnellement cela sympathique et progressiste. D’après Alix, il semble que la première fois, ce soit arrivé avec la fin de Mash, la version feuilleton du film très critique de Robert Altman sur la guerre du Vietnam, (je n’ai pas trouvé de confirmation sur internet) où le héros périssait dans un accident d’hélicoptère. Le public outré avait harcelé la chaîne pour obtenir une fin où le héros survivait. Sachant en France la sensibilité que nous avons encore vis-à-vis de la guerre d’Algérie, on peut comprendre cette protestation américaine comme à fleur de peau et infiniment plus profonde qu’un jeu sur l’interactivité. Aujourd’hui donc, si nous excluons ce précédent douloureux, on nous propose de voter à la majorité pour une version ou une autre de la fin de l’histoire. Et ma fille de conclure : « si un auteur n’est pas fichu de décider et d’assumer la fin de l’histoire qu’il raconte, on n’a qu’à s’en passer ». Je la rejoins finalement sur cette idée et jure qu’à tout jamais, je me méfierai d’une première impression sympathique et progressiste.
Vendredi 5 octobre : alléluia. Marion Jones a avoué s’être dopée. Elle est prête à rendre ses médailles (elle l’a fait le 8) et adresse ses excuses au monde entier. Le lecteur interloqué est en droit de se demander pourquoi cet alléluia…. Pas parce qu’elle a permis de consacrer une française (vérification faite sur Wikipedia), pas parce qu’aujourd’hui mon esprit est dérangé. Non tout simplement parce que pour la première fois depuis fort longtemps, une célébrité sur-médiatisée, qui a commis une faute, accepte de le reconnaître et va jusqu’à présenter ses excuses. A voir toutes ces personnes qui après une condamnation en appel persistent à faire croire à l’erreur judiciaire, au complot, le juriste de formation que je suis avait fini par croire que la communication entachait définitivement la manifestation de la vérité. Aussi, en dépit de cette tragédie et de votre faute… merci à vous Marion Jones de me permettre de dire à mes enfants que dans la vraie vie, les méchants peuvent se faire prendre et le regretter, sans passer pour quelqu’un qui nie la réalité. Merci à vous de prouver aux services de relations publiques qu’on peut s’en sortir la tête haute en reconnaissant les faits.
Vendredi 5 octobre : journée définitivement riche en évènements sportifs. L'équipe de France de fleuret masculin s'est imposée vendredi en finale des Championnats du monde de Saint-Pétersbourg. Bravo d’abord aux fleurettistes. J’espère que vous n’êtes pas dopés…. Le commentateur ajoute : « il est dommage que la discipline ait été supprimée des jeux olympiques ». L'équipe de France de fleuret masculin l’a emporté pour la gloire. En ces temps de productivité à outrance, de rationalisation, de « vous n’êtes pas dans le sujet, on perd son temps », je me rappelle de Monsieur Crozes, professeur de mathématiques en terminale C à Henri IV (en 1975) à qui nous avions eu l’outrecuidance de réclamer des révisions un mois avant le baccalauréat. « Mais enfin les enfants, on n’est pas ici pour bachoter, on est là pour apprendre et se cultiver ». Merci à vous les fleurettistes de nous rappeler que cette époque où on pouvait se dépenser pour la beauté du geste n’est pas totalement dépassée.
Dimanche 7 octobre : métro Denfert-Rochereau, le matin. Entre un jeune homme seul, la mine totalement défaite, accoutré d’une perruque rose mal ajustée. Je pense au match de la veille (Rugby France- New Zealand) et suppose qu’il a fêté ça toute la nuit, mais ce mélange d’air défait, de solitude, de décalage par rapport aux autres voyageurs me fait rire… un peu au début, puis progressivement se transforme en fou rire… communicatif, tout le wagon, se met à rire. Grâce à un jeune homme endormi, tout un wagon a pu rire, ce que je n’avais jamais vu jusque là. J’ai passé une superbe journée.
Philippe BONARGENT
Coach
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