Lundi 28 : traitement administratif. RAS.
Mardi 29 : croisé dans la rue un camarade de fac. Je travaille dans l’assurance … Revoyant ma jeunesse, je me disais que l’assurance est à peu près le seul secteur qui ne fasse pas rêver. Quand on est jeune et qu’on nous demande ce qu’on veut faire, il y a quelques métiers qui ne sortent pas du chapeau. Notaire et assureur en font partie. On peut penser que pour le notaire, c’est un problème de complexité conceptuelle et de rareté numérique. Les assureurs, vous voyez une explication, vous ?
Mercredi 30 : chez un client (mutuelle moyenne en province). Le tout nouveau DRH me tient un discours enthousiasmant. « tu sais, mon père était syndicaliste. Il n’était pas tendre avec la direction et il avait raison. Je garde ça au fond de moi, c’est important » D’emblée, je me réjouis, me disant qu’avec ce garçon il n’y aura pas d’entourloupe. En même temps, je le vois souffler comme un bœuf en me racontant cela. Je ressens quelque chose d’étrange.
Le soir, avant que je parte, il revient me voir. « j’ai appris que tu coachais Francis ! » Là, je me mets directement sur mes gardes. Le « j’ai appris » me laisse entendre que la suite va être fastidieuse. En effet : « tu sais on va le virer, alors c’est pas la peine de lui consacrer plus d’argent. Et puis, on n’a pas de dossier, aussi, j’ai pensé que tu pourrais faire un rapport pour nous aider ». A ce point là, c’est la première fois. « tu sais que ta demande heurte ma déontologie et ma façon de travailler » Réponse du tac au tac « écoute c’est pas trop grave. Tu dois choisir ton camp. Si tu ne m’aides pas, ta déontologie et ta façon de travailler ne s’exprimeront plus chez nous ». Je prends mon regard hautain, voire éberlué et m’en vais. J’ai eu l’occasion de retravailler une journée avec eux. J’avais commencé un travail avec Francis et son service qui pouvait donner un bon résultat. Son successeur m’a d’ailleurs appelé à plusieurs occasions pour partager mon sentiment.
Bilan : Francis parti, le service se remet, son remplaçant est compétent, mais il doit m’appeler pour prendre en mains correctement son équipe.
Certes, des gens comme ça ne font pas rêver. Mais, c’est un cas plutôt isolé.
Jeudi 31: rencontre avec le directeur développement d’un groupe important. Je lui ai été présenté par un de mes clients. Il souhaite se faire coacher. Il m’interroge sur les conditions, la façon. Il est un peu intrépide. Je lui explique que sa démarche fait partie d’un tout. Il l’accepte. Pour lui c’est important. J’aborde la question des honoraires et lui demande si je dois me faire référencer. Je lis un trouble sur son visage. Il ne sait comment s’y prendre. « je ne souhaite pas que cela se sache. Je vous passerai en note de frais ». Est-il si difficile de dire qu’on cherche à s’améliorer. Aux Etats-Unis, ce sont les salariés des entreprises qui, bien payés, s’offrent un coaching et sont fiers de le faire savoir à leurs collègues. A-t-on honte de voir un coach ou se sent on rabaissé d’avouer une faiblesse. On est loin du management par la bienveillance[1]
[1] La Stratégie de la bienveillance Juliette TOURNAND InterEditions
Vendredi 1 : dans une école de commerce où je fais quelques vacations, un chasseur de tête ami prend de mes nouvelles. Je suis un peu gêné vis-à-vis de lui puisque la dernière fois que je l’ai vu, je ne l’ai pas reconnu. Il venait de perdre ses cheveux. Cancer de la prostate. Je suis passé devant lui et il a fallu qu’il m’appelle pour que je le remarque. Il me connaît assez pour m’avoir dit à l’époque : « ça fait mal ». Ses cheveux ont repoussé. Il se porte bien. Le hasard de la conversation nous fait parler des dérives chez certains clients. Il est plus radical que moi avec les RH. Pour lui, la pression les force à choisir un camp. Je ne le suis pas. J’évoque des cas isolés, lui narre ma mésaventure de mercredi. Je lui cite le nom du DRH. Lui : « je le connais, c’est un enfoiré ». Je suis rassuré, c’est bien un cas isolé. J’ai maintenant avalé moralement la perte de chiffre d’affaires qu’il a occasionnée. J’ai appris depuis qu’il avait trouvé un nouveau coach « qui sait prendre parti !». Grand bien lui fasse.
WE 2 & 3 : NYC avec mes enfants qui sont bi-nationales. Nous passons devant des fumeurs français sur l’avenue of the americas, en bas de l’immeuble AXA, installés en bas d’un immeuble affichant un panneau « definitively, don’t smoke in front of this lobby ». Ils disent qu’en France, côté cigarette, on est moins draconien. S’ils savaient à quelle vitesse nous nous adaptons…..
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