Lundi 25 juin. Le geste d’Auguste l’afficheur. Avez-vous remarqué sur les quais du métro que lorsqu’un colleur d’affiches est à l’œuvre, la plupart des voyageurs cessent leur activité illico et l’observent. Je suis personnellement fasciné par leur adresse et la précision du geste. Mes expériences malheureuses en matière de papier peint m’incitent à penser qu’à chacun son métier. Et là : il étale la colle, puis l’affiche, maroufle. Le geste est précis et assuré, puis il utilise les instruments idoines pour nettoyer le tour de l’affiche, le sol et éventuellement le bord de banc à proximité. Tous ces gestes parfaitement exécutés, on sent que tout a été pensé. Me disant que ce regard convergent des passagers du métro est une sorte d’hommage au travail bien fait, j’en parle avec émotion avec une collègue de travail, laquelle me dit que venant de la publicité, elle adore regarder l’affiche prendre vie et qu’elle n’a pas remarqué la gestuelle de l’opérateur. Intrigué, j’en parle à une autre qui avoue avoir été attirée par les muscles du dernier colleur d’affiches. Je suppose qu’autant de questions, autant de réponses. Aussi, lorsque sur le quai d’un métro tous les regards convergent, c’est comme dans le poste de télé, chacun y prend ce qu’il veut.
Mardi 26. La télé aquarium. Je lisais récemment que la technologie LCD semble définitivement l’emporter sur le plasma, quel que soit le format. Vive donc le LCD. Et chacun d’y aller de son accrochage de la plus belle télé avec effet surround comme au cinéma. Je plains les marchands d’art, il n’y aura bientôt plus de place sur les murs. A Sienne ou à Florence, on rivalisait par la hauteur des Palais qu’on se faisait construire. Aujourd’hui, la taille de l’écran semble être un signe intérieur de richesse. Je me souviens des murs écrans inventés par Luc Besson dans le 5ème élément qui pouvaient changer la couleur et l’ambiance d’une pièce instantanément. La réalité rattrape la fiction. Ce qui me fait peur, c’est la réflexion d’un de mes amis : « au train où ça va, on ne saura bientôt plus de quel côté de l’aquarium on est ! ».
Mercredi 27. Les buffles et les lions. Sur le lien http://www.youtube.com/watch?v=LU8DDYz68kM vous trouverez une vidéo montrant un affrontement entre des lions et des buffles. Des lions … des buffles…. on connaît la chanson. Les lions se tapissent, attendent patiemment que le troupeau de buffles se rapproche. Choisissent un faible, un jeune ou un malade, lui courent après et le tuent pour le manger, pendant que les buffles survivants et majoritaires se regroupent, loin de là. Vous seriez, lecteur, en droit de vous étonner qu’on attire votre attention sur un sujet qui n’intéresse que les enfants…. et vous auriez raison de réclamer plus consistant puisque vous l’allez obtenir. Imaginez maintenant que vous cliquiez sur le lien et que vous voyiez d’abord les lions en embuscade, isolant un buffle plein d’avenir, le laissant maladroitement tomber à l’eau et l’arracher aux crocodiles pour … le manger en paix. Bon, les lions ont suivi leur instinct, récupérer une proie. Mais, et c’est là que commence la surprise, les buffles qui se sont dit qu’ils n’étaient pas des bœufs profitent de ce sauvetage pour se regrouper. Puis se rapprocher, sûrs d’eux, pas vraiment agressifs, formant un véritable mur de buffles en mouvement. Il vont se rapprocher des lions jusqu’à ce qu’ils s’enfuient les uns après les autres, jusqu’au dernier. Un seul buffle mourait assurément. Un mur de buffles met une troupe de lions en fuite. Ils sont déterminés. Ils bravent le danger. Ils deviennent téméraires et exaltés. Une seule condition : être collectivement sûrs de leur solidarité. Ils le ressentent suffisamment pour dépasser leur peur…. et pourtant, ils n’ont pas de coach….
Jeudi 28. Verdi ou Vivaldi. Ancienne actrice lyrique, Emma participe à un groupe de théatre. Nous entendons une soprano. Un de mes voisins demande à l’hôte si c’est bien du Verdi qu’elle chante. Et Emma de regarder l’imprudent. « si tu ne sais pas distinguer des compositeurs sur un siècle de distance !!! ». Question ouverte, réponse enfermante. Curiosité, audace, interdiction du droit à l’erreur. On pourrait imaginer un autre scénario. Un homme et une femme apprennent l’un de l’autre avec respect et plaisir. C’est de la communication. Ici, l’homme s’est senti rejeté et ne reposera plus de question, à cette femme certainement, à qui que ce soit peut-être. La femme aurait pu renseigner et transmettre ses connaissances et sans doute se sentir moins seule. Au lieu de cela, l’impression fugitive d’avoir brillé quelques secondes laisse la place à une immense lassitude. Finalement, ç’aurait pu être rattrapé. Un mot gentil, quelque chose. Mais lorsqu’on en est là, même si ce n’est pas rationnel, on préfère ne pas rattraper ses erreurs.
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